10 ans fermes requis contre Baha Eddine Tliba et Skander Ould Abbès

10 ans fermes requis contre Baha Eddine Tliba et Skander Ould Abbès

 Graves révélations sur les pratiques du FLN

Les deux fils de Djamel Ould Abbès, Skander et El Wafi ont voulu amassé 300 milliards cts en vendant les places sur les listes électorales des législatives de 2017.

Amine Ghouta

Des révélations, il y en a eu dans le procès de Bahaeddine Tliba, l’ex député FLN qui encourt aujourd’hui, une peine de dix ans de prison pour avoir participé à la «vente» des places sur les listes de candidatures pour les législatives de 2017. Dans cette affaire qui a été examinée, mercredi dernier par le tribunal de Sidi M’hamed et où ont comparu également les fils de Ould Abbès, El Wafi (en fuite) et Skander, l’ex secrétaire général du ministère de la santé, Bouchenak et Habachi un agent immobilier, des ex détenteurs de «pouvoir» ont lavé leur linge sale en public.  Premier à être auditionné à la barre, Skander Ould Abbès, le fils cadet de l’ex secrétaire général du FLN a fait de graves révélations en affirmant que l’ex conseiller et frère du président Bouteflika exerçait des pressions sur son père et donnait des ordres à toute heure de jour comme de nuit. L’homme, poursuivi pour blanchiment d’argent dans le cadre d’une organisation criminelle et trafic d’influence pour l’obtention d’indus avantages, nie les charges retenues contre lui et affirme avoir été victime d’un complot fomenté par Tblia et le DRS. Skander revient sur son arrestation et celle de son frère El Wafi, en 2017 par les services de sécurité. Ce jour là, comme il le soutient, l’ex député de Annaba lui avait envoyé avec deux personnes, la somme de 2,5 milliards cts dans des sacs poubelles. «Il voulait que je lui commande un véhicule de luxe de l’étranger» soutient Skander affirmant qu’à peine la somme réceptionnée au niveau d’un chalet de club des pins qu’il louait à cette époque, que les agents du DRS ont intervenus pour les arrêter en flagrant délit. «C’était un coup monté. On a voulu m’impliquer pour attenter à la réputation de mon père» explique le prévenu non sans évoquer l’interrogatoire «musclé» qu’il a subi et les faux PV qu’il aurait été obligé de signer.

Tliba, Tartag et le complot

Le juge ne va pas alors manquer de lui rappeler que son père, Djamel Ould Abbes, avait fait intervenir le frère de l’ex président, Saïd Bouteflika, pour sa libération. Juste après, l’affaire avait été étouffée et l’instruction n’a repris qu’en 2019 et c’est Tliba qui va le confirmer. Lors de son passage à la barre, l’ex vice-président de l’APN va expliquer que lui aussi est victime des fils Ould Abbès car «j’ai dénoncé leur pratique. Les enfants de l’ex SG du FLN avait décidé d’amasser au moins 300 milliards cts en vendant les sièges des législatives. Ils demandaient 7 milliards à celui qui voulait être tête de liste. C’est d’ailleurs la somme qu’ils m’ont exigé».  Tliba ne s’arrête pas là. Il va affirmer qu’il a dénoncé cette pratique auprès du chef du DRS, Tartag à cette époque, et qu’il a aussi apporté sa collaboration en enregistrant les fils de Ould Abbès pendant au moins 3 semaines pour le compte de ce service de sécurité. Le juge ne semble pas convaincu et demande au prévenu pour quelle raison il n’a pas suivi la voie légale en déposant plainte devant un procureur de la République. Le procureur général, lui, va rappeler à Tliba que la commission rogatoire qui a été envoyé au DRS ne fait aucunement état de sa coopération dans l’enquête. Tliba persiste et signe «vous pouvez demander à mon chauffeur et il vous confirmera mes déplacement à la caserne de Dely Brahim». L’ex député de Annaba soutient que l’argent saisi chez les Ould Abbès n’était le sien et que ces derniers ont juste voulu l’impliquer pour se venger. Mais la partie était loin d’être gagnée puisque ledit chauffeur ne va pas parler des déplacement de Tliba chez le DRS mais des multiples visites que les enfants de Ould Abbès rendaient à l’ex député. Le procureur va citer 142 coups de fils échangés entre les Ould Abbès et Tliba durant le mois de février 2017. Des faits qui enfoncent Skander, El Wafi et Tliba. Et au cours du procès, il y a eu d’autres témoignages à charge comme les déclarations de Bouchenak. L’ex SG du ministère de la santé qui était à la retraite au moment des faits, avait rejoint le QG du FLN à la demande de Djamel Ouled Abbès. L’homme devait se charger du classement des 6 400 dossiers des candidats aux législatives 2017. Il nie les faits qui lui sont reprochés et soutient n’avoir fait qu’aider son «ami Djamel Ould Abbès sans contrepartie».

Les pressions de Saïd Bouteflika sur Djamel Ould Abbès

Le juge va lui rappeler alors ses déclarations lors de l’instruction où il avait assuré qu’El wafi Ould Abbès lui avait remis des listes de candidats aux législatives dont celle d’Annaba à sa tête Tliba. Bouchenak dit ne pas s’en souvenir en raison de son âge avancé (75 ans) mais révèle que Djamel Ould Abbès lui a effectivement parlé des pressions qui étaient exercés sur lui. Ce que va confirmer le SG du FLN, lui-même. Appelé comme témoin, Djamel Ould Abbès, 87 ans, va se présenter devant le juge. Fatigué mais serein et précis, l’ex sénateur soutient que tout ce dossier était un complot contre sa personne en raison de sa décision d’imposer de nouveaux critères dans le choix des candidats FLN. Il va révéler au grand jour que les listes des candidatures étaient sélectionnés par une commission composée de Abdelmalek Sellal, ex Premier ministre, Noureddine Bedoui, ex ministre de l’Intérieur, Tayeb Louh, ex ministre de la Justice, et Mustapha Rahiel, ex directeur de cabinet de Sellal. Ces noms comme dira Ould Abbès, lui ont été imposés par Saïd Bouteflika. Le frère du président aurait même imposé Tliba au SG du FLN qui soutient que Sellal l’a appelé à ce propos. Djamel Ould Abbès ne s’en cache pas et dit clairement qu’au moins 5 listes lui ont été imposées. «On m’a limogé parce que je n’ai pas coopéré dans cette opération, la présidence m’a appelé à sept heures du matin pour me demander de préparer mes affaires, et quitter mon poste, j’ai refusé de démissionner, mais ils m’ont limogé» va raconter l’ancien patron du FLN. Le quatrième accusé dans cette affaire est Habachi, l’agent immobilier. Ce dernier a été arrêté dans la foulée de l’arrestation des fils Ould Abbès étant donné qu’il était présent sur les lieux. L’homme qui a passé 11 mois en prison avant d’être relâché pour comparaître librement,  soutient qu’il avait rendez-vous avec Skander pour une visite d’un logement et que c’était là son travail. Le procureur général n’est pas convaincu et estime que Habchi a participé au blanchiment d’argent «sale» que les deux fils Ould Abbès collectaient en vendant les places dans les listes électorales. Raison pour laquelle il a requis la peine de 3 ans de prison ferme contre Habchi. A l’encontre de Tliba et Skander Ould Abbès, le procureur va demander une peine de 10 ans ferme assortie d’une amende de 8 millions DA chacun. Il requiert 7 ans ferme à l’encontre de Bouchenak Khaldi, ancien chef de cabinet de Djamel Ould Abbès. Pour El Wafi Ould Abbès, le procureur demande la peine maximale et le maintient du mandat d’arrêt international. La saison de tous les produits de crime et de 18 biens de Bahaeddine Tliba sont également demandés par le représentant du ministère public. Le représentant du Trésor a réclamé, quant à lui, un dédommagement financier de 50 millions de dinars et un autre moral de 10 millions de dinars. Le verdict sera connu mercredi prochain.

A.G

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