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Entretien

Quel avenir pour Gara Djebilet ?(2e partie)

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Deuxième partie de l’entretien avec M.Nacereddine Kazi Tani est Docteur d’état es Sciences, ancien responsable de l’Exploration de l’Algérie du Nord et de l’Off-shore méditerranéen, ancien professeur des universités (Algérie et France), Directeur-fondateur du Centre national de recherches et d’Applications des Géosciences et Directeur du bureau d’études Géoressources (Pau France)

Lire la première partie ici  

L’or.

Ce métal, valeur  financière refuge est un métal très rare, sa teneur dans la croûte terrestre n’est que de 0,005 ppm (5 ppb) (5 milligramme par tonne). Son succès relève de son inertie chimique et son prix de sa rareté. Dans les gisements les teneurs d’exploitation sont comprises entre 1 à 20 g/tonne. Le plus grand gisement du monde est situé en Afrique du Sud, c’est le Witewatersrand découvert en 1884, la ruée a eu lieu en septembre 1888. Il a fourni depuis sa découverte et jusqu’en 2006 : 50 627 t d’or. Les 2/3 de la production mondiale depuis la préhistoire ont été extraits ces 50 dernières années. 32 % de cette production (50 627 t entre 1884 et 2006) provient du Witwatersrand sud-africain. Le maximum de la production sud-africaine a été atteint en 1975 avec près de 1 000 t soit, à l’époque, 67 % de la production mondiale. L’humanité a produit 190 000 t depuis la préhistoire dont 186 200 t  subsistent encore de nos jours. Les principales réserves minières : en 2017, en t d’or contenu sont localisées dans quelques pays avec les 3 premiers: Australie 9800t, Afrique du sud 6000t et Russie 5500t. Total  Monde : 54 000 t. soit 1/3 des réserves exploitées depuis l’antiquité. En Algérie, l’inventaire du potentiel aurifère a débuté dans les années 50 par le BRMA relayé en 1966 par la SONAREM nouvellement créée avec une « équipe Hoggar » très active. Le résultat de ces recherches a aboutit à inventorier quelques 300 indices et gisements, certains, nombreux, de peu d’intérêt en l’état actuel des connaissances et un gisement détenant le record mondial de teneur : 406g/t, dépassant allègrement le record officiel celui dans la partie souterraine de la mine de Porgera en Papouasie-Nouvelle Guinée lors du début de son exploitation et qui est de 120 g/t. L’évaluation de cette ressource dans la province targuie est de l’ordre d’une centaine de tonnes toutes catégories confondues (C1+C2+P) mais extrapolable à 450 t. Cependant le très sérieux bureau d’études Armines de l’École des Mines de Paris reste sceptique quant à la rentabilité des exploitations aurifères au Hoggar. Dans son rapport (1977) Armines émet des réserves sérieuses sur le potentiel exploitable en raison :  « -minéralisation en or natif dans des filons de quartz » « grande variabilité des teneurs », « teneur moyenne faible », « épaisseur des filons faible, inférieure à 50 cm », « produit épaisseur*teneur bas », « les travaux de prospection se sont limités à la surface… », « les concentrations connues sont économiquement marginales et insuffisamment explorées : aucune exploitation ne peut être envisagée avant d’avoir complété les travaux de prospection et sans une étude préalable de faisabilité », « aucun des filons étudiés dans l’état actuel des travaux de reconnaissances  (en raison -absence de réserves à vue, – produit épaisseur x teneur est marginal…», « le prix de revient des travaux de prospection est extrêmement élevé », « étant donné les long délais nécessaires…, les conditions particulières au Hoggar….il est utile de pousser un programme limité de développement, en quelques points choisis » in litteris rapport SONAREM-ARMINES 1977. Nous rebondissons sur ces conclusions pour abonder dan leurs sens :

  1. a) L’or est très divisé et disséminé dans la masse quartzeuse des filons et pour récupérer le métal par lixiviation cyanurée, il est nécessaire de pulvériser la roche en farine, à l’échelle de la poussière d’or. Pour la petite histoire la plus grosse pépite au Hoggar récoltée par Ranoux (1955) pesait 1 g soit 1/20ème de cm3 en raison de la densité de l’or. On est loin des pépites australiennes de la « plaque de Holterman » trouvé en 1872 à Hill End (Australie) : 1,42 m de long, 235 kg. La plus grosse pépite, « Welcome Stranger », a été trouvée à Black Lead (Australie), en 1869 : 71 kg d’or. L’exploitation de l’or filonien du Hoggar est affaire de professionnels très bien outillés.
  2. b) L’inventaire des filons au Hoggar n’en est qu’à ses début, il n’a concerné que quelques centaines, souvent d’ailleurs mineurs et par conséquent industriellement inexploitables. Dans le futur il conviendra de recenser les plus importants et ce recensement peut être qualitatif (orientations fertiles) et quantitatif (volume, largeur, longueur), cette opération peut être menée rapidement, de l’ordre de 2 à 3 mois, grâce à la modélisation numérique de terrain (MNT) par données satellitaires de préférence à la télédétection classique ou en concurrence avec elle. Ce n’est qu’après cette étape que seront envoyés des équipes de terrain pour les échantillonnages et les mesures in situ sur cibles.

Autres types de prospects aurifères en Algérie.

Si le modèle gîtologique des filons aurifères du Hoggar est à peu près cerné et localisé dans un couloir de cisaillement dans lequel suivant une logique de Riedel, les accidents de 2ème et 3ème ordre sont favorisés par la minéralisation. Outre ce caractère structural, une profondeur de mise en place est également requise  ainsi qu’un chimisme plus ou moins favorable des roches hôtes des filons. Cependant, si les champs filoniens ont fait la fortune de quelques compagnies ou états, ce ne sont pas les plus prolifiques, les paléo-placers d’Afrique du Sud et du Ghana entre autres  et les gisements liés aux roches ampélitiques et sulfurées d’Asie centrale et du sud de la Russie constituent les gisements géants actuellement exploités et battent les records de production. Très récemment le Ghana vient de détrôner l’Afrique du Sud comme plus grand producteur d’or d’Afrique grâce à ses gisements du Tarkwaïen. La question se pose si l’Algérie possède des paléoplacers sur son sol ?

Le Tarkwaïen du Sahara algérien. Le Tarkwaïen est au Ghana (ex Gold Coast) une puissante formation aurifère qui fait alterner des conglomérats, des grès et des pélites d’âge d’environ un milliard et demi d’années. En Algérie, dans les Eglab au Jnoun Chindrar , la formation du Guelb el Hadid ne montre que la base sur 200 m environ attribuée au Tarkwaïen basal par la Pr. Y. Mahdjoub qui vient de nous quitter cette fin de Décembre des suites d’une longue maladie, que Dieu l’accueille dans Son vaste paradis. Des calculs isostatiques (N. Kazi Tani, 2004, rapport GEORESSOURCES-SONATRACH) arrivent aux mêmes conclusions et lui attribuent une épaisseur originelle de 8 km. Un autre affleurement bien plus puissant (plusieurs km d’épaisseur) est largement représenté dans le NW du Hoggar au sud du Mouydir. Restée inexplorée cette large zone mérite plus que toute autre une exploration aurifère. Son faciès, les épaisseurs développées, son âge la range dans le Tarkwaien

L’Eocambrien de la formation glaciaire de Guénifor (Eglab)

En discordance légère sur le Néoprotérozoïque une tillite (formation glaciaire) d’importance globale forme une formation en 3 termes  et pour cela dite Triade. Dans les années 90, Alexis Moussine Pouchkine du CNRS a découvert, dans les couches phosphatées qui surmontent la tillite à Fersiga, une paillette d’or qui pourrait venir de filons comme celui de Caroline, ou d’arkoses comme celles du Guelb El Hadid.à moins qu’elle ne soit de genèse tillitique. Cette découverte est passée inaperçue alors qu’en d’autres lieux elle aurait provoqué une ruée vers l’or.

D’autres formations conglomératiques et arénacées éocambriennes souvent très puissantes (ex. In Semmen, Ouallen etc..) existent. Ce sont des molasses de bassins épisuturaux et intramontagneux du Hoggar et connues également sous le nom de Série Pourprée de l’Ahnet donné par ses découvreurs (Th. Monod, J. Fabre qui nous a quitté le 13/03/2020 à 95 ans). Enfin on ne peut refermer ce chapitre  sans évoquer la molasse (conglomérats, grès..) de Tiririne de 8 km d’épaisseur.

Le guide gîtologique principal de l’or de ces formations est simple et correspond en l’application de la première équation de l’hydrodynamique qui régit les dépôts fluviatiles et deltaïques. Cela nécessite une étude sédimentologique et séquentielle (organisation) fouillée de ces formations.

L’or des formations carbonées et pyriteuses : le Tarannon (Silurien inférieur) d’Algérie.

Les gisements aurifères géants d’Asie centrale et de Russie méridionale sont constitués de roches primitivement riches à très riches en carbone organique et en sulfure de fer qu’accompagnent en quantités non négligeables des métaux tels le Vanadium, le Nickel, le Zinc etc. comme signature géochimique caractéristique dite VAMSNAZ et plus ou moins transformées par  un métamorphisme de bas grade dont l’action est de remobiliser et de concentrer l’or contenu dans la roche. Cette gîtologie est exprimée par le Modèle de Large et al. 2007-2011. Le Silurien inférieur d’Algérie du Nord et du Sahara est carboné (COT) et pyriteux. Au Sahara, ils peuvent atteindre 31% ce qui est considérable, de plus ce COT et ces sulfures sont accompagnés des métaux de type VAMSNAZ avec des teneurs appréciables (Vanadium jusqu’à 3600ppm, Zn:jusqu’à 1200 ppm,Ni jusqu’à 900 ppm). Cependant le paramètre métamorphisme n’est pas toujours présent, c’est de la diagnèse dans l’est du Sahara, de l’anchimétamorphisme dans l’Ougarta en raison d’une excursion thermique au cours du Lochkovien et de l’épimétamorme ou du métamorphisme de contact en Algérie du Nord (Haut Atlas oriental, Ghar Roubane, Traras, Tiffrit).D’autres roches à fort COT dans le Crétacé moyen et supérieur des Bibans et des Babors plus ou moins transformées par un métamorphisme léger sont connues et méritent des études plus appronfondies. Enfin dans les Réguibate, une formation dite d’Aguelt Mabha en Mauritanie et qui se prolonge dans le sud des Eglab sous le nom de formation de l’Oued Sous. Le COT y est exceptionnel (de l’ordre de 40% en Mauritanie), il est complètement “grillé” chez nous à cause d’un métamorphisme généré par l’engloutissement d’un dièdre lithosphérique vers 560 Millions d’années. Ce sont là de beaux objectifs de prospection.

 

Nasreddine KAZI TANI

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Denis Martinez : Il était une fois Aouchem C’est en pensant à Tahar Djaout et Youcef Sebti, qui étaient ses amis, que je me suis intéressé à l’artiste plasticien Denis Martinez, ancien professeur à l’école des Beaux-arts d’Alger.

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Et puis, en lisant sa notice biographique, j’apprends qu’il est né en 1941 à Mostaganem, lieu de naissance d’un autre grand peintre, à savoir Mohamed Khadda, qui a représenté dans ses gravures et ses aquarelles, les troncs et les racines des oliviers des Ouadhias. Quelle coïncidence. Mais pas que, puisque Mostaganem, tout comme Ghazaouet a vu naitre d’autres grands artistes, de la scène cette fois entre autres Ould Abderrahmane Kaki et Abdelkader Alloula (né à Ghazaouet). Ces villes de l’Ouest sont des villes de culture et d’histoire.

Ce qui caractérise Denis Martinez, c’est, en plus de son œuvre picturale qui est magnifique, le fait qu’il a fait partie, au lendemain de l’indépendance, de ceux qu’on peut considérer comme les agitateurs culturels, comme il se rencontre de nos jours des influenceurs et des agitateurs sur les réseaux sociaux : les facebookeurs, les instragameurs, les tiktokeurs, les twiteurs, dont le rôle est prépondérants sur les phénomènes sociaux de mode , de tendances vestimentaires ou autres, et même la façon de penser des nouvelles générations.

Ce groupe dont a fait partie le jeune artiste plasticien Denis Martinez, avec ses amis Choukri Mesli et Mustapha Adnan, s’appelait le groupe Aouchem. Et ce qu’il y a lieu de signaler, c’est que ce groupe avait rédigé un manifeste. Donc, à la base, il y avait une pensée, des idées, un projet culturel, dans lequel on se donnait des racines et on se fixait des objectifs. C’est très sérieux, parce que ça fait penser aussi bien aux Amis du Manifeste de Ferhat Abbas, qu’au Manifeste des surréalistes d’André Breton. Non pas qu’Aouchem se rattachait sur le plan politique à Ferhat Abbas, ni qu’ils s’affiliaient à la doctrine surréaliste, mais je parle ici de la démarche… Je veux dire, qu’au lendemain de l’indépendance, en plein bouillonnement culturel et d’autres questionnements sur le modèle de société à bâtir, il y eut un groupe de jeunes artistes plasticiens algériens qui prenaient la peine et le temps de se structurer, de penser leur mouvement, de réfléchir au sens à donner à leur travail de création, au sein de la jeune société. Dans le même temps, des écrivains algériens créaient  l’Union des écrivains algériens, avec des auteurs comme Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Assia Djebbar, Moufdi Zakaria, Malek Haddad…

Aouchem veut dire Tatouage. Il fait référence aux motifs géométriques pratiqués à la surface du corps et dans lesquels on introduit des matières colorantes. Denis Martinez, pour sa part, va encore plus loin, puisqu’il élargit l’éventail aussi bien à l’art pariétal du Tassili, au talisman, au totem, aux masques africains, aux caractères du Tifinagh, aux arabesques, à la calligraphie arabe… Ainsi, on apprend que chez Denis Martinez, «Des totems, talismans, figurines et masques ont longtemps balisé des parcours fléchés comme autant de cheminements initiatiques, puisant dans l’héritage de l’Antiquité africaine et de l’artisanat maghrébin les motifs d’un langage esthétique».

Sous la pression des événements tragiques de la décennie quatre-vingt-dix, Denis Martinez s‘était établi à Marseille, au Sud de la France,  mais au début des années 2000, il est revenu en Algérie, pour se ressourcer à l’air vivifiant de sa terre natale, s’inspirant des signes ancestraux pour irriguer de leur sève et de leur énergie ce qui permettait de bâtir un langage esthétique nouveau. D’où l’exposition et le spectacle organisés récemment dans l’enceinte de la villa Abdelatif,  et intitulé «Actes de vie», ainsi que «Tretoir m’kessar».

Poète lui-même, Denis Martinez a aussi illustré les plaquettes de Jean Sénac, Tahar Djaout, Hamid Tibouchi, Djamel Amrani, Youcef  Sebti. Il est donc au carrefour d’une poly créativité féconde, allant de la palette du peintre aux planches des dramaturges, bâtissant une esthétique plurielle dans ce qu’elle a de beau, de généreux, de profondément africain  et maghrébin.

Ahmed B.

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Entretien avec Nadjib Ferhat : L’homme qui chuchote à l’oreille des fossiles Notre histoire a été écrite par les autres… Il était temps que des historiens et chercheurs algériens dépoussièrent les archives pour restituer la vérité sur notre passé, notre identité et notre personnalité. Avec Nadjib Ferhat, nous faisons une virée dans la préhistoire.

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Question : On dit que l’Afrique est considérée comme le berceau de l’humanité.

Réponse : Bien sûr, l’Afrique est incontestablement le berceau de l’humanité. Les plus anciens fossiles d’australopithèques sont connus sur le sol africain. On peut citer Lucy, un australopithèque daté de 3,2 millions d’années, ou bien l’homme de Toumaye, autour de quatre millions d’années. A partir de là, l’expansion humaine s’est faite dans plusieurs directions.

Question : Les recherches ont montré que la présence humaine est attestée depuis des millénaires dans la région du Maghreb. Y a-t-il une continuité de peuplement dans cette région du monde ?

Réponse : Bien sûr. Les travaux menés depuis les années cinquante par les préhistoriens ont été confirmés ces dernières années par la reprise et la continuité des fouilles sur les sites mêmes de An Ahnech et Ain Boucherit. Ce sont en fait un seul et même paléo lac autour duquel ont vécu des hommes il y a deux millions et quatre cent mille ans. C’est la plus ancienne date obtenue sur des ossements d’animaux (hippopotames, éléphants, ancêtres des chevaux, etc…) qu’on a connus au Maghreb. Depuis, le peuplement du Maghreb tout comme celui du Sahara fut un continuum ininterrompu jusqu’à nos jours.

Question : Vous avez employé, au cours d’une intervention, l’expression de capitale numido-romaine en parlant de Cirta, comme d’autres ont utilisé l’expression gallo-romaine… Quel fut l’apport des Numides à la civilisation romaine ?

Réponse : Vous savez, l’histoire est contée toujours avec certaines idées qu’on veut inculquer à l’apprenant. Je m’explique. L’histoire comme elle nous a été apprise dans notre jeunesse par les instituteurs du moment fait état de la civilisation grecque, et de la civilisation romaine, deux faits culturels majeurs qui ont imprégné le peuple autochtone du Maghreb. Ces mêmes livres d’histoire parlent d’arts musulmans, au lieu de culture musulmane, comme si l’arrivée des musulmans n’a pas apporté une véritable culture civiisationnelle avec elle. Les livres d’histoire en France parlent de culture grecque, mais à l’arrivée des Romains, on retrouve la notion de culture gallo-romaine, voulant ainsi dire à leurs apprenants que quand les Romains sont arrivés, ils avaient trouvé une culture gauloise qui était déjà présente. Nous partons du fait que les Romains n’ont pas colonisé le Maghreb en voulant s’y installer mais ont plutôt adopté une politique de romanisation des locaux. Ainsi donc, on peut dire que  ce ne sont pas les Romains qui ont bâti toutes les villes antiques ou laissé des vestiges de cette époque à travers le territoire, mais ce sont plutôt nos ancêtres numides qui les ont bâtis. C’est la raison pour laquelle il est judicieux de parler de culture numido-romaine de ces vestiges et non pas de culture romaine, afin de ne pas omettre l’apport des Numides.

Question : Certains ont une vision stratifiée de l’histoire du Maghreb, opposant les périodes les unes contre les autres… En quoi cette vision est-elle erronée ?

Réponse : L’histoire du peuplement du Maghreb est sans aucun doute un continuum depuis l’homo habilis représenté par l’homme de Ain Ahnech (Ain Boucherit) il y a 2,4 millions d’années à nos jours. Toutes les cultures et les civilisations qui sont venues par la suite se sont ajoutées à une souche préalablement présente. Ces arrivées multiples à travers l’histoire ont parfois été belliqueuses et d’autres fois amicales. En revanche, elles se sont toutes fondues avec les locaux, leurs descendants devenant eux-mêmes des locaux. Toute cette dialectique que l’histoire nous relate a un impact sur la spécificité de l’Algérien, tel qu’on le connait de nos jours. Ce n’est qu’en reconnaissant et en assumant toute son Histoire avec ses hauts et ses bas que l’Algérien pourra être fier de son passé, assurant son présent dans le concert des Nations et pouvant sereinement construire son avenir en toute confiance.

Question : Les amateurs d’archéologie et de préhistoire regrettent l’absence d’une revue de vulgarisation spécialisée. Le financement d’une telle revue est-il si difficile ?

Réponse : Vous savez, pour une revue, ce n’est pas la création qui est difficile. Je vais parler d’un exemple quasi personnel. J’ai collaboré il y a quelques années à une revue qui s’appelait Assekrem, du nom de l’un des plateaux du Hoggar. Cette revue se voulait une revue destinée au milieu estudiantin, mettant à sa disposition des articles traitant de diverses sciences mais dans un langage simplifié. Le problème de cette revue n’était point celui de trouver des auteurs d’articles. Toute personne à qui on s’adressait était contente de proposer un papier sans demander une contrepartie. Mais le problème était celui de son financement. Après une longue période de déficit, on a mis la clef sous la porte. En outre, il a existé une revue de haut standing scientifique et culturelle qui s’appelait Libyca, qui par un laisser-aller incompréhensible de la part du ministère de la culture, a fini par disparaitre. Actuellement, il y a une seule revue qui traite du patrimoine archéologique à l’échelle nationale, c’est une revue du mouvement associatif qui s’appelle Ikosim. Pour qu’une revue puisse exister et vivre, il y a lieu de mettre en place une véritable politique et une volonté de faire connaitre son patrimoine à la société, et bien entendu, cela doit être accompagné d’un soutien financier conséquent.

Question : Les gravures rupestres sont un atout touristique indéniable. Dans le même temps, on signale des dégradations. Quelles sont les mesures à prendre pour concilier le tourisme et la protection des sites ?

Réponse : Bien sûr, les gravures sont un atout touristique incontestable. Mais la mise en tourisme de tout le patrimoine fait partie d’une volonté politique. Cependant, la protection du patrimoine n’est pas seulement l’affaire de l’Etat et de ses structures, mais l’affaire de tous. Pour que le patrimoine culturel, archéologique notamment, soit admis et reconnu par tout un chacun, il est de première nécessité d’une part que les gens soient imprégnés de son importance, depuis la cellule familiale en passant par l’école jusqu’à la vie active. Et d’autre part, il faut que ce patrimoine ne soit plus considéré par les gestionnaires comme un handicap au développement socio-économique de leur région. Mais plutôt comme une valeur ajoutée à leur programme. Néanmoins, pour que ce patrimoine soit préservé, il faut que les populations qui vivent à proximité puissent y voir une source d’apport financier et qu’ils en vivent. Ce n’est que par le truchement et un mélange de tous ces ingrédients que le patrimoine archéologique sera reconnu et sauvegardé. Et c’est ainsi qu’il intégrera le développement socio-économique des territoires et des populations.

Ahmed B.

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Entretien avec Nadjib Ferhat : L’homme qui chuchote à l’oreille des fossiles Notre histoire a été écrite par les autres… Il était temps que des historiens et chercheurs algériens dépoussièrent les archives pour restituer la vérité sur notre passé, notre identité et notre personnalité. Avec Nadjib Mahfoud, nous faisons une virée dans la préhistoire.

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  Crésus : Avec vous, on entre de plain-pied dans les temps reculés de la préhistoire, à savoir le quaternaire. Que représente pour vous cette période géologique ?

Nadjib Ferhat : C’est une période qui représente pour moi, l’émergence de l’humanité. En effet, chacune des périodes géologiques connues, comme le primaire, le secondaire, le tertiaire et le quaternaire se distingue par l’apparition ou la disparition d’un fossile. Le quaternaire se distingue du tertiaire par l’apparition du fossile homme. C’est ce qui nous amène tout de suite à considérer le quaternaire comme étant la période où apparait l’homme, et l’étude du quaternaire implique directement l’étude de cet homme en tant que fossile géologique mais aussi comme producteur de culture. D’où la définition de la préhistoire : c’est l’étude de cet homme et de ses productions culturelles, depuis son apparition jusqu’à l’invention des écritures. Là où commence l’histoire.

Vous avez entre autres, travaillé sur les industries préhistoriques de la paléo vallée de Timimoune dans leur contexte stratigraphique. Peut-on résumer les résultats de ces recherches ?

C’est une recherche que j’ai menée fin des années 70, début des années 80, où j’ai eu le bonheur et la chance d’étudier la mise en place de la sebkha de Timimoune et la mise en place du grand Erg occidental en suivant l’évolution des installations humaines préhistoriques dans la région. Cela a permis de situer la disposition actuelle de la vallée de Timimoune en tant que sebkha depuis l’obstruction des eaux qui lui parvenaient de l’Atlas saharien par l’installation de l’actuelle Erg occidental. Cette disposition date de la civilisation atérienne, à savoir depuis quarante mille ans.

Vous avez également dirigé des fouilles archéologiques dans des sites des régions de Boussaâda et du Tassili Ajjer. Existe-t-il des ressemblances entre les deux sites ?

Le travail exécuté à Boussaâda en 76-77 a permis la confirmation de travaux antérieurs mettant en évidence une phase climatique aride située autour de treize mille ans, qui a eu pour conséquence l’obstruction et le remblaiement par des amas sableux de toute l’écluse (ouverture) du piémont sud de l’Atlas saharien. Ces travaux ont permis de démontrer une diminution des nappes d’eau et un déplacement des limites bioclimatiques dans cette région. Une culture préhistorique a été mise en évidence au sommet de ces remblaiements, celle d’une population ibéro-maurassienne qui occupait les lieux à ce moment-là (13 000 ans).  Par contre le travail sur le Tassili était beaucoup plus complexe, s’étalant sur de nombreuses années. Tout d’abord, il y eut une participation aux travaux de fouille du site de Tin Hanakaten, au sud du Tassili. Puis il y eut un second axe : pour une mise au point chrono-stratigraphique de l’art rupestre saharien par la conjonction d’une étude paléogéographique et géomorphologique en relation avec un art gravé dans l’oued Tidunadj (Tassili toujours). Cette étude menée en collaboration avec deux autres collègues a permis de démontrer que l’art rupestre saharien est paléolithique et non plus uniquement néolithique, comme beaucoup le croyaient jusqu’à une date récente. Maintenant, il est confirmé que l’art rupestre du centre du Sahara date au moins de l’aride pré-ocène, une période qui s’étale entre vingt et onze mille ans. En troisième lieu, j’ai eu la chance de diriger une fouille préhistorique sur une nécropole animale que nous avons datée du sixième millénaire. Cette nécropole s’étale sur 80 ha dans l’oued Maukhan (Tassili). Les travaux nous ont permis de mettre en évidence un rituel autour du bœuf que pratiquaient les hommes préhistoriques. Ces pratiques cultuelles se résumaient en la mise en terre dans des fosses de 80 cm à 1 m de diamètre sur 1,20 m de profondeur, différentes parties du jeune bœuf sacrifié en mettant la partie postérieure à la base, le reste de l’animal par-dessus avec quelque fois le crâne fiché au milieu de l’inhumation. (Le museau vers le bas). Tout comme nous avons mis en évidence que ces animaux étaient mis dans des sacs avant leur enterrement. Des traces de raclage de la chair sur des os nous permettent de croire que toute la chair était enlevée et que certains os étaient même calcinés, accompagnés de poterie et d’autres vestiges dans l’inhumation.

Dans les temps les plus reculés, le Sahara peut-il être considéré comme une mer intérieure ou plutôt comme un grand lac ? Quelles furent les conséquences de son assèchement sur l’évolution de l’homme ?

Depuis l’apparition de l’homme, le Sahara est dans l’état actuel, avec cependant des nuances, de déplacement des limites bioclimatiques, qui ont permis au Sahara, par moment de gagner en humidité, devenir un peu plus clément pour l’habitat (hommes, animaux, végétation), donnant des paysages certes un peu plus vert mais limités dans l’espace. Par d’autres moments, d’intenses périodes arides et sèches ont affecté le milieu saharien. C’est cette aridité qui a été le facteur le plus imposant et le plus déterminant dans l’évolution climatique du Sahara. L’actuelle aridité est présente depuis au moins les deux derniers millénaires.

(Suite de l’entretien dans l’édition de demain)

Ahmed. B

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