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Culture

Feriel Gasmi Issiakhem, commissaire d’exposition de DZign 2020+1 « Cette biennale a été une réussite qui a dépassé nos attentes »  

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Feriel Gasmi Issiakhem est designer, architecte d’intérieur et commissaire d’exposition. Elle assure actuellement le commissariat de la première biennale algéro-française de design DZign 2020+1, dont la première partie s’est déroulée tout le long de juin. Dans cet entretien, elle revient sur les motivations, les préparatifs et le déroulement de cette première édition ayant pour thème « réinventer la ville par le design».

Entretien réalisé par Sarra Chaoui

Crésus : Vous êtes la commissaire d’exposition et de scénographie de la première biennale DZign 2020+1, pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet ? Qu’est-ce qui a motivé cet événement ?

Feriel Gasmi Issiakhem : En 2019, la ville de Lille a été annoncée comme capitale mondiale du Design, de là est partie l’idée de célébrer le design à Alger par l’institut français Algérie en y organisant une biennale dédiée à cela. Lorsqu’ils m’ont confié la lourde tâche du commissariat pour cette première édition, il a fallu d’abord écrire le projet curatorial, imaginer l’ensemble des évènements qui devraient y être associés car une biennale est différente d’une simple exposition avec un jour J d’ouverture et un autre pour le finissage. Une biennale qui devait donc durer un mois, ça ne pouvait s’improviser. Je pense que cette partie a été l’une des plus difficile car étant un point de départ avec des implications autant sur l’intérêt du public que des concepteurs eux même pour savoir s’ils allaient adhérer ou pas.

Le thème central de DZIGN 2020+1 s’est un peu imposé de lui-même : LA VILLE, la réinventer par le design, comme un objet sensible du 21ème siècle, la ville comme projet global ou toutes les idées bouillonnantes devaient et pouvaient s’y exprimer. Pour ma part, rassembler architectes, ingénieurs, artistes et designers autour de ce moment était une occasion rêvée, car cette question de transversalité de la notion du design ne pouvait s’aborder autrement.

De là, tout a commencé, lancer des appels à candidatures, organiser les jurys, accueillir des partenaires qui commençaient à montrer leurs intérêts autour du projet, imaginer les mises en espaces, rencontrer les responsables des institutions culturelles algériennes, des écoles partenaires aussi. Beaucoup, Beaucoup d’écrits, de discussions, de réunions …et surtout cette promiscuité régulière avec plus de 50 concepteurs à qui il fallait répondre pour toute sorte de questions, de modifications de projets en cours, pouvoir les accompagner et surtout les écouter pour ne pas faillir à cette tache rude et exigeante aussi bien physiquement que intellectuellement. Une sacrée responsabilité !

En combien de temps un événement de cette envergure se prépare-t-il ?

Beaucoup de temps. Pour celui-ci si l’on doit soustraire une période d’arrêt brutal dû au confinement sanitaire, je dirais 24 mois bien entamés car il faut compter toutes les étapes assez longues par lesquelles nous étions obligés de passer dans l’organisation en amont, l’écriture du projet, les lancements des concours, la sélection des projets, les mises en espaces adéquates, le choix des espaces, la programmation de cette biennale en deux temps du fait que nos invités français ne pouvaient être présents pour la première période.

L’appel à projet a attiré des réponses à travers tout le territoire national. La sélection a dû être rude, comment le comité a-t-il pu départager les candidats ?

A notre grande surprise plus de 140 candidatures de quasiment toutes les wilayas d’Algérie, de France et d’ailleurs aussi nous sont parvenues. Il s’agit du premier appel à candidatures lancé en juillet 2019. Oui en effet cela n’a pas été facile de les départager, le jury composé de 8 membres a dû faire plusieurs lectures pour établir son choix définitif, il en est ressorti que les 11 sélectionnés étaient plus proches de ce qui était attendu d’eux en terme d’interprétation du projet « Réinventer la ville par le design ». Les autres candidats ne déméritaient pas, mais cela ne correspondait réellement aux attentes de cette première édition, cela se joue sur un petit détail…

Professionnels chevronnés, étudiants et artistes se côtoient lors des différentes expositions et portes ouvertes sur les écoles partenaires. Quels ont été leurs échos ?

Cette présence multi générationnelle d’artistes, d’architectes, d’ingénieurs et de designers professionnels avec de « nouveaux arrivants » et même d’étudiants a été le cœur battant des expositions, ce n’était un hasard non plus et dès le départ, le projet dans son ensemble a été pensé de telle façon qu’une telle promiscuité ne pouvait qu’être enrichissante pour provoquer une interaction entre les professionnels, étudiants et jeunes professionnels. Je crois fermement que cela est bénéfique. Quant aux portes ouvertes des écoles partenaires, faire  exposer des projets d’étudiants qui ont également pris part dès le départ a cette biennale en y organisant des concours internes avec des interventions en mode conférences de spécialistes a été un pari gagné dans le sens que cela contribue également à enrichir le programme d’apprentissage dans ces mêmes établissements .

Des talks d’experts et projections cinématographiques ont ponctué la biennale, quel a été leur apport à cette première édition ?

Ces talks ont été programmés pour appuyer encore le débat autour de cette biennale, nous avions pu inviter ainsi des grandes figures du design français à travers des duplex des pays où il se trouvaient et Alger étant donné que la situation sanitaire ne permettait plus de les avoir en présentiel, nous désespérons pas en tout cas de les accueillir pour le second temps prévu en novembre pour la design week. Et puis trois films inédits ont été spécialement choisis, celui de Charlotte Perriand, grande designer qui a marqué le design du 20e siècle, celui de Kamel Louafi, architecte paysager et enfin Le Corbusier, donc ce n’était pas fortuit que de montrer à travers ces trois films la grande étendue de la notion « design » dans toute son expression et à différente échelle, Le design mobilier, le design paysage, l’urbanisme…

Comment décririez-vous cette première expérience ? Quel a été l’accueil réservé par le public ?

Je décrirais cela comme une réussite qui a dépassé nos attentes, on en parle à Alger mais ailleurs aussi. Le plus important surtout c’est cette grande synergie qui s’est créée autour, des rencontres, de l’enrichissement de connaissance à propos du design. En fait, Alger a vécu un mois intense de balades autour du design. Avec DZIGN 2020+1, nous avons pu enfin aborder cette question dans toute sa pluridisciplinarité et avons essayé d’aller le plus loin possible que cela nous a été permis de le faire.

Le choix des lieux et de la scénographie de ces expositions est primordial. Pourquoi votre choix s’est-il porté sur l’institut français, les ateliers sauvages et enfin dar Abdelatif ?

Le choix des lieux devait correspondre à l’idée de proposer un parcours algérois ponctué d’expositions, de talks, de portes ouvertes des écoles. Pour les lieux d’expositions, il était donc naturel d’avoir des espaces institutionnels et privés comme dans toutes les biennales du monde.

Nous avons pu réaliser cela grâce à la collaboration des institutions culturelles françaises et algériennes en lançant la biennale dans l’une des institutions culturelles françaises présente en Algérie de l’organisateur, l’institut français d’Alger, puis, pour la seconde exposition aux ateliers sauvages par leur centralité en plein cœur d’Alger rendait cela évident, puis enfin pour la troisième exposition et la clôture à Dar Abdelatif, siège de l’agence algérienne pour le rayonnement culturel qui fait partie de l’une des institutions du ministère de la culture. Je dirais que ce choix est implicite dans le sens ou cela renvoie à cette première collaboration algéro-française pour la culture.

Cette biennale est le fruit d’une coopération algéro-française, a-t-elle été facile ? La vision de ces deux pays méditerranéens concernant la ville de demain et le design est-elle partagée ?

Rire, non rien n’est facile quand on organise un évènement d’une telle envergure, mais tout est possible avec de la persévérance et de « l’envie de faire », la preuve est là.

Je pense aussi que l’adhésion des institutions algériennes a été d’un grand apport et pas des moindres, je les en remercie ici pour leurs engagements sans faille, cela n’a fait que donner plus de force à cet évènement.

Quant à la vision des deux pays à ce sujet, je dirais que oui sur le principe si l’on interroge les concepteurs des deux rives, ils ont pour ainsi dire le même langage, mais s’il s’agit des pouvoirs publics, là c’est complètement différent, il y a encore beaucoup de travail encore tant qu’il y a rupture de dialogue et de concertation entre les décideurs et les concepteurs pour imaginer les villes de demain.

La deuxième partie se déroulera en novembre, pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui attend le public ?

La seconde partie qui est le temps 02 de DZIGN 2020+1 est vue comme une design week, elle durera 10 jours et est prévue pour le mois de Novembre. Cette design week représente ce que les empêchements de frontières fermées pour raisons sanitaires n’a pas nous permettre de réaliser en temps 01, c’est à dire recevoir nos invitées français en présentiel pour des master class, une exposition de restitution de projets après résidence, des conférences.

Quel est votre regard sur le futur de cette biennale, vos ambitions ?

Je n’ai aucun regard pour la future biennale, c’est dans deux ans normalement. J’espère seulement qu’elle perdurera et sera tout aussi intéressante, riche et surtout éthique.  Il n’y a aucun secret dans l’organisation d’un évènement comme celui-ci sauf celui de la rigueur et du travail sans relâche, et surtout un projet bien pensé pour tout ce qui concerne la question sensible environnementale du 21eme siècle, penser design aujourd’hui et demain cela commence par cela.

S. C.

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Théâtre : «Les ruelles des héros» présentée au TNA Le spectacle «Aziqat el abtal» (Les ruelles des héros), une adaptation de la pièce historique «Les enfants de la Casbah» de Abdelhalim Raïs, qui revisite l’implication active des milieux urbains dans le combat libérateur, a été présentée vendredi soir à Alger, par l'Association «Mouthalath El Hayat» (Le triangle de la vie) de la Protection civile.

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Accueilli au Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi (TNA), le spectacle mis en scène par Mohamed Belkaissarira, relate l’histoire d’une famille vivant dans la Casbah d’Alger, un des quartiers populaires de la capitale qui ont beaucoup milité dans la résistance contre le colonialisme français, notamment durant la Bataille d’Alger. Servi par 17 comédiens, le spectacle met en scène l’histoire d’une famille algérienne composée de trois frères qui chacun selon ses convictions et ses possibilités rejoignent la lutte armée pour renverser l’ordre colonial. Sur scène les trois frères, Djamel, Rachid et Mourad avec leur parents, mènent un dialogue, rythmé par de récurrentes altercations verbales et disputes entre les frères, qui militent tous dans la clandestinité pour le Front de libération nationale (FLN), à l’insu des autres membres de la famille. La scénographie, signée Halim Rahmouni, se base sur un décor statique minimaliste qui suggère une maisonnette de la Casbah avec un patio, des meubles d’époque et une fontaine. En filigrane, le spectacle est un hommage aux sacrifices de toutes les franges de la société algérienne qui ont contribué activement aux combats pour l’indépendance, et montre les difficultés et la dure réalité de la clandestinité. Œuvre de  Abdelhalim Raïs, «Les enfants de la Casbah» a été présentée pour la première fois à Tunis en 1959 par les membres de la troupe artistique de Front de libération nationale (FLN), avant d’être reprise au TNA au lendemain du recouvrement de l’indépendance. La pièce avait également été adaptée à la télévision avec, entre autres comédiens Nouria, Mohamed Kechroud, Sid Ali Kouiret et Sid Ahmed Agoumi. Produite en 2017 par l’Association «Mouthalath El Hayat» (Le triangle de la vie) de la Protection civile, «Les ruelles des héros» a été  présentée dans le cadre de la Journée nationale des Scouts musulmans algériens, célébrée le 27 mai de chaque année.

 

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Clôture des 18e «Andaloussiates El Djazair» : Le patrimoine culturel en fête La scène des 18e «Andaloussiates El Djazair» a accueilli, vendredi soir à la salle Ibn-Khaldoun, l'association culturelle et musicale «Maqam» de Constantine, un grand Ensemble de musique andalouse qui a célébré l’ancestralité de ce patrimoine de la culture algérienne.

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   Accueillie à la mythique salle Ibn-Khaldoun, la vingtaine d’instrumentistes, dont six musiciennes, de l’Orchestre de l’Association «Maqam» était dirigé d’une main de maître par le maestro, Moundji Benmalek, un Chef d’orchestre -également président de ce bel Ensemble- aux qualités exceptionnelles, au regard de la rigueur et du professionnalisme observés par tous les éléments de ce collectif. Dans des atmosphères solennelles, l’Ensemble constantinois a rendu une prestation pleine, empreinte de pureté et de droiture académique, un sans faute hautement apprécié par le public malheureusement peu nombreux, comparable, de l’avis d’un spectateur, «au rendu d’un support sonore commercial (CD) dont le travail aurait été revu, corrigé et peaufiné à la perfection, avant de descendre sur le marché». Durant une heure de temps, l’Ensemble «Maqam» a rendu en un seul jet et sans interruption aucune, une prestation en deux parties : d’abord quelques extraits de «Bachraf Kamaroun» suivis de «Noubet H’çin Saba» ensuite et dans le genre hawzi, les pièces, «Ya Layem» d’Ahmed Bentriki et «Khatri bel’djfa t’âddeb» communément connue sous le titre de «Et’Taleb».  L’Association culturelle «El Djenadia» de Boufarik a animé également vendredi soir à Alger, un récital de chants andalous, également mené par de jeunes instrumentistes, dénotant d’une grande volonté à former et encourager les jeunes talents. Une belle prestation qui a sublimé l’ancestralité et la profondeur historique du patrimoine musical andalou, représentant aujourd’hui «un héritage séculaire, transgénérationnel» selon son président, Abdelkader Essemiani. Rappelant le génie créatif des poètes érudits et des grands compositeurs des siècles derniers, les prestataires de l’Ensemble El Djenadia, ont notamment rendu une Nouba dans le mode Sika et quelques «Hwaza» dans le mode Djarka. Inqileb «Wa melli bi djismi» b’taïhi «Zada el hobbo wajdi» «Istikhbar» derdj «Soltanet bnet el hay» n’çraf-khlass «Ya loun el âssel» et les kh’lasset «Ya men dara» et «Dir el oqqar» ont constitué les pièces rendues avec une grande maîtrise technique et artistique, durant la première partie. Les solistes, Nassim Boughzala et Insaf Abdelbaki aux Ouds, ainsi que Sara Benmessaï et Meriem Si Ahmed aux violons altos, ont enchanté l’assistance avec leurs voix présentes et étoffées, aux tessitures larges. Ouverte le 13 mai dernier, les 18e «Andaloussiates El Djazair» ont pris fin hier avec les prestations des Ensembles, «El Fekhardjia»d’Alger et «El Fen wen’Nachat» de Mostaganem.

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4e festival national de la chanson engagée : Une troupe de Tiaret remporte le grand prix du La troupe «El Oçoul El Fenia» de la wilaya de Tiaret a remporté le grand prix de la 4e édition du festival national de la chanson engagée, clôturée jeudi soir à la maison de la culture «Ali Maachi» de Tiaret. La deuxième place du Festival est revenue à la troupe «Fantasia» de Mostaganem et la troisième à la troupe «Echourouk» de Biskra.

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Des prix d’encouragement ont été décernés à la troupe Echourouk de Biskra pour la meilleure interprétation, à la troupe «Ettarab El Acil» de Naama pour les meilleures paroles et à la troupe «Fantasia» de Mostaganem pour la meilleure composition musicale. Le président de la troupe «El Oçoul El Fenia», Walid Hamadi, a déclaré que cette distinction est le fruit de grands efforts consentis par les membres de la troupe âgés entre 9 et 50 ans, qui ont aimé la chanson engagée. Il a indiqué que la chanson «Oughniat El Wafa» primée qui glorifie la patrie et appelle au renforcement des liens entre les membres de la société, est écrite par la poétesse Mordjana Kaouther. La composition musicale de cette chanson est l’œuvre de Bouhabila de Constantine. En clôture du Festival, l’artiste Mohamed Fouad Ouamane a fait lecture d’une série de recommandations pour la prochaine édition dont celle exigeant la participation d’une seule troupe par wilaya et celle l’imitant la durée de la chanson en lice à six minutes. La soirée de clôture a été marquée par une présence nombreuse du public, en parfaite symbiose avec les chansons proposées par les troupes en lice dont «Bayane El Bachair» de Bordj Bou Arreridj, «Angham El Gharb» de Tlemcen et «Soumoud» de Saïda, ainsi que les artistes Fayçal Boukhatache, lauréat du dernier festival national de la chanson Chaabie, Ali Markat, détenteur du prix concours d’inchad «Hadi El Arouah» et Redouane Maachi. La valeur des prix attribués dans ce festival se situe entre 250.000 et 100.000 DA pour les trois premières places, et 40.000 DA pour chacun des prix d’encouragement.

 

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