Algérie : la crise économique impacte le niveau des réserves de change et la cotation officielle du dinar

Algérie : la crise économique impacte  le niveau des réserves de change et  la cotation officielle du dinar

Professeur des universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL

Les tensions géostratégiques au niveau de la région, la chute des prix du pétrole, avec la baisse drastique des réserves de change, ont suscité à l’extérieur des analyses prévoyant de sombres scénarios sur l’avenir de l’Algérie 2021/2023, notamment l’épuisement des réserves de change,  une dépréciation accélérée de la monnaie nationale et e vives tensions sociales.  Pourtant, en ce mois de juillet 2020, l’Algérie n’est pas au bord de l’effondrement contrairement aux vues de sinistrose. Mais il faut être réaliste et ne pas verser dans la démagogie.  La situation pourrait prendre une autre dimension et s’aggraver sans un changement dans le système de gouvernance s’adaptant tant aux nouvelles mutations internes que mondiales.


1- Evolution des réserves de change

Le stock de la dette extérieure de l’Algérie au 01 janvier 2019 aurait   atteint 5,710 milliards de dollars, selon l’édition 2020 des statistiques sur la dette internationale de la Banque mondiale, contre  5,707 milliards de dollars à fin 2017 et à 5,463 milliards de dollars à fin 2016  et la  dette publique s’établit à 61% du PIB  contre 36% en 2018.  Pour l’évolution des réserves de change, elles  ont évolué ainsi :

– 1999 : 4,4 milliards de dollars,

– 2005 : 56,2 milliards de dollars,

– 2008 : 143,1 milliards de dollars,

– 2009 : 147,2 milliards de dollars,

– 2010 : 162,2 milliards de dollars,

– 2011 : 175,6 milliards de dollars,

– 2012 : 190,6 milliards de dollars,

– 2013 : 194,0 milliards de dollars,

– 2017 : 97,33 milliards de dollars,

– 2018 : 79,88 milliards de dollars 

       – 2019 (avril) : 72,60 milliards de dollars

fin  2019 :  62 milliards de dollars

                                                    – fin 2020, avant l’épidémie du coronavirus , les prévisions de la   loi de finances complémentaire  sont de  44,2 milliards de dollars contre 51,6 prévu dans la loi initiale  Le FMI , avant la crise, prévoyaient  fin 2021   le FMI avant la crise les prévisions sotn de    33,8 milliards de  dollars et fin 2022, entre 12/13 milliards de dollars. 

2. Le niveau des réserves de change fonction  des recettes de Sonatrach et d’une meilleure gouvernance

La banque mondiale anticipe une récession pour l’Algérie en 2020  de  moins 6,4% , le FMI  plus  de 5% et la Banque africaine de développement (BAD) plus de 4%. Selon les données de l’ONS publiées le 25 juillet 2020, au 1er trimestre 2020, l’économie algérienne a enregistré une croissance négative de -3,9 %,  contre une croissance positive (+1,3%) à la même période de 2019 avec une baisse  du  taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) hors hydrocarbures  de l’ordre de -1,5%  contre +3,6% à la même période 2019. Cela corrobore les prévisions  de la loi de finances complémentaires 2020 qui  se fonde sur le  prix fiscal  de 30 USD  et sur le prix de marché de 35 USD est le prix au-delà duquel, si cela se réalise, le surplus sera versé au Trésor public, dans le Fonds de régulation des recettes. Mais le fait le plus important est la baisse des exportations d’hydrocarbures à 17,7 milliards de dollars, contre 35, 2 milliards de dollars prévus dans l’ancienne loi de finances. Le déficit budgétaire devrait atteindre -1.976,9 milliards de dinars, soit -10,4% du Produit intérieur brut (PIB) (contre -1.533,4 milliards de dinars, soit -7, 2% du PIB dans la loi préliminaire). la  balance des paiements enregistrant  un solde négatif de -18,8 milliards de dollars, contre 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances préliminaire, alors que   niveau des réserves de change devrait reculer plus fortement que prévu d’ici à la fin 2020 pour atteindre 44,2 milliards  de dollars contre une prévision initiale de 51,6 milliards  de dollars. Mais tout dépendra à la fois des importations ne pouvant pas tout restreindre, quitte à étouffer  tout l’appareil productif, produire plus au niveau interne fonction de la balance devises pour éviter l’expérience malheureuse des usines de montage de voitures et bon nombre d’autres projets « fictifs » ,   lutter contre les surfacturations et une meilleure gestion interne, Sour réserve de ces conditions, les réserves de change pourraient être clôturées fin 2022  entre 21/22 milliards de dollars.Si le cours moyen 2020 est d’environ 40 dollars en termes réel et le cours du gaz naturel supérieur à 5 dollars le MBTU qui a chuté de plus de 75% entre 2008/2020( moins de 2 dollars le MBTU  en juillet 2020),procurant selon le bilan de  Sonatrach de 2019,environ  33% de ses recettes brutes, devant soustraire les couts et la part  des associés,   et  le manque à gagner de la réduction de la production décidée par l’OPEP pour l’Algérie d’environ 3 milliards de dollars en moyenne annuelle, au cours moyen de 40 dollars, les recettes fin 2020 devraient clôturer entre 21/22 milliards de dollars. Mais attention aux faux calculs car le cours réel du pétrole, doit être rattaché au pouvoir d’achat du dollar  qui s’est déprécié depuis le début de l’année 2020  étant cotée à 1,08- 1,07 dollar un euro et est coté le 31 juillet 2020 à 1,19 dollar un euro en raison des  incertitudes de l’économie américaine et surtout du gonflement du déficit budgétaire soit une baisse d’environ 11 pour cent. Ainsi, le  cours réel du Brent coté le 31 juillet 2020   10h gmt à  43,14 dollars,  ce gain étant contrebalancé par  une  hausse de la facture d’importation libellée en euros, devant donc dresser la balance devises, est en réalité  à  prix constant en référence à janvier /février 2020,  le 31 juillet 2020 à  38,39 dollars  le baril en termes de parité du pouvoir d’achat

2.La cotation du dinar corrélée à la création de vleur ajoutée et  aux réserves dechange

La valeur  d’une monnaie dépend avant tout  du niveau de la production et de la productivité interne  et la capacité d’un pays à pénétrer  le marché international. Qu’en  est-il de  l’évolution du cours officiel   du dinar  fortement corrélé aux réserves de change via les recettes d’hydrocarbures à plus de 70%. Pour la période 1970 à 1999 nous avons la cotation suivante avec une cotation administrative jusqu’à fin 1992):

–  1970, : 4,94 dinars un dollar,

-1990 : 12,02 dinars un dollar,

1991 18,05 dinars un dollar,

-1994 : 36,32 dinars un dollar,

1995 : 47,68 dinars un dollar,

                          –1999 : 66,64 dinars un dollar.

Pour la période de 2001 à fin juillet 2020, nous avons la cotation  suivante :

                         –2001 : 77,26 dinars un dollar 69,20 dinars un euro :

  –2005, 73,36 dinars un dollar, 91,32 dinars  un euro :

    – 2010, 74,31 dinars un dollar et 103,49 dinars un euro :

       –2015, 100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro :

      –2016 :100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro :

        –2017 : 110,96 dinars un dollar  et 125,31 dinars un euro :

        – 2018 : 116,62 dinars un  dollar et  137,69 dinars un euro :

                        –2019 :119,36 dinars un dollar et 133,71 dinars un euro :

                        -30 juillet  2020 :127,81 dinars un dollar  et 150,00 dinars un euro.

Tout dérapage du dinar par rapport au dollar et à l’euro permet d’augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures ( reconversion des exportation hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire( via les importations tant en dollars qu’en euros convertis  en dinar dévalué) , cette dernière accentuant l’inflation  ( équipements, matières premières, biens finaux, montant accentué par la taxe à la douane s’appliquant à la valeur dinar,  étant supportée en fin de  parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter ces  mesures que si elle améliore sa productivité.


3- Les incidences de la baisse des réserves de change


En cas de baisse drastique des réserves de change à 10/12 milliards de dollars, qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, ( voir l’expérience vénézuélienne) la banque d’Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctue en fonction du taux d’inflation, la cotation actuelle sur ce marché n’étant pas  significative du fait de l’épidémie du coronavirus qui limite la demande.. Il sera difficile de combler l’écart avec le marché parallèle pour la simple raison que l’allocation de devises  pour les ménages est dérisoire et  la   deuxième raison est que la sphère informelle  supplée à la faiblesse de l’offre et par ailleurs  bon nombre d’entreprises  du fait de la faiblesse de l’allocation devises pour éviter  la rupture d’approvisionnement iront au  niveau de cette sphère, surtout en cette période e récession économique. Les mesures autoritaires bureaucratiques produisent l’effet inverse et lorsqu’un gouvernement agit administrativement et loin des mécanismes transparents et de la concertation social, la société enfante ses propres règles pour fonctionner qui ont valeur de droit puisque reposant sur un contrat entre les citoyens, s’éloignant ainsi des règles que le pouvoir veut imposer.  Le recours à la planche à billets    après l’épuisement du  Fonds de stabilisation du pétrole (FRR) pour financer  le déficit budgétaire,  la Banque Centrale ayant recouru à ce mécanisme  de  mi-novembre 2017 à avril 2019, ayant  mobilisé 55 milliards de dollars, soit l’équivalent de 32 % du PIB de 2018. aura un impact négatif à terme.  Ce financement , outre ‘effet inflationniste, comme au Venezuela, favorise , contrairement à certains discours, la baisse la baisse des réserves de change puisque en mettant à la disposition de certaines entreprises des dinars, (70% des matières premières et des équipements des entreprises publiques et privées étant importées, le taux d’intégration ne dépassant pas 15/20%) ces dernières se porteront importatrices en devises en biens et services.

 D’une manière générale, trois is paramètres stratégiques déterminent l’avenir de l’économie algérienne : le cours du pétrole, la croissance qui détermine le niveau  des réserves de change et la pression démographique, plus de 44 millions en 2020 et plus 50 millions d’habitants en 2030. L’on devra  devant créer minimum 300.000/400.000 postes de travail nouveaux par an qi s’ajoute aux taux de chômage actuel , sous estimé par   l’importance des emplois rente  notamment dans l’administration, pus de 2,5 millions  de fonctionnaires en 2020, accentuant la bureaucratisation  et au niveau de certaines entreprises publiques, nécessitant un taux de croissance annuel sur plusieurs années de 8/9% en termes réel. Nous devons   être réaliste où en ce mois de juillet  2020, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach procurant directement et indirectement avec les dérivées 98% des recettes en devises. L’Algérie ne peut continuer à fonctionner entre le budget d’équipement et de fonctionnement, selon le FMI,  à un cours variant entre 95/100 dollars le baril. Pourtant, l’économie algérienne  possède des potentialités mais a besoin d’une cohérence dans sa politique socio-économique.L’Algérie étant confrontée à des défis importants, posés par  la baisse des prix du pétrole, les défis futurs, pour  se projeter sur l’avenir, loin de tout populisme dévastateur, impose une nouvelle gouvernance, un langage de vérité et la moralité des gouvernant pour éviter la situation anomique de décadence des sociétés analysée minutieusement par le grand sociologue IBN Khaldoum.  L’Algérie devra   s’adapter au nouveau monde, de rétablir  la confiance pour sécuriser son avenir, de s’éloigner des aléas de la mentalité rentière, de réhabiliter le travail et l’intelligence, de rassembler tous ses enfants et toutes les forces politiques, économiques et sociales, en tolérant les différentes sensibilités mais  évitant la division sur des sujets secondaires. Il y va de la sécurité nationale. 

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