Cessez-le-feu en Libye

Cessez-le-feu en Libye

A l’épreuve des intérêts géopolitiques et stratégiques

Le cessez-le-feu validé par les belligérants en Lybie constitue une avancée à mettre à l’actif de certains pays mais des doutes persistes quand à sa concrétisation. Dans l’espoir que cette phase puisse déboucher vers des accords signés et respectés pour la stabilisation de la Lybie. L’Algérie reste fidèle à sa position et ouvre ses portes pour accueillir les belligérants et voit ses efforts récompensés par cette avancée notable entre le GNA et Haftar.

La guerre par procuration imposée par certains pays à la Libye n’ont pour but que de garantir un avoir économique et géopolitique autrement comment expliquer l’enfoncement de ce pays dans le chaos. La justification trouve sa source dans le soulèvement soutenu par une coalition militaire initiée par Washington, Paris et Londres avec sans doute le feu vert de l’ONU pour déchoir Mouammar Kadhafi. Ce dernier avec son rêve panarabe-africain et ses richesses fossiles ne convenait pas à ces pays.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, Ankara rêve d’étendre son influence dans le monde arabe, l’implication sous diverses formes dans la guerre en Syrie et en Libye, une autre contrainte entravant toute solution au conflit. Ankara et le GNA ont signé un accord de « coopération militaire et sécuritaire » et un accord de délimitation maritime qui permet à la Turquie de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale, riches en hydrocarbures et convoitées par d’autres pays. D’un autre côté, la Turquie et la Russie se sont rapprochées mais soutiennent des parties opposées en Syrie et en Libye ; de quoi perdre le sud malgré le soleil de la Méditerranée

 La recherche constante d’étendre son influence sur le monde arabe de Poutine en débutant par la Syrie puis la Libye  puisque selon des experts de l’ONU, le groupe Wagner, proche de la Russie a soutenu les forces pro-Haftar avec « des opérations de combat et d’influence », des snipers et un appui technique. L’armée américaine a accusé Moscou de fournir des avions de combat pour soutenir ces mercenaires, ce que Moscou dément naturellement ; dans la politique d’expansionnisme indirecte tout est possible.

En mai 2019, le ministre des Affaires étrangères Le Drian dans un entretien au Figaro justifie pourquoi la France soutient le maréchal Haftar : « Haftar a lutté contre le terrorisme à Benghazi et dans le sud de la Libye, et cela était dans notre intérêt, celui des pays du Sahel, celui des voisins de la Libye. Je soutiens tout ce qui sert la sécurité des Français et des pays amis de la France ». Une position claire où l’intérêt de la France passe avant toute autre considération.

Un autre acteur fait partie d’un scénario ; Paris reconnaît avoir apporté du renseignement au maréchal Haftar, mais nie tout soutien militaire et dénonce les ingérences turques en Libye mais ni égyptiennes ni russes. Dans ce volet brumeux, Macron a déclaré que l’Europe doit s’emparer des dossiers géopolitiques méditerranéens, sans le laisser à d’autres puissances. C’est bien sur la Turquie et la Russie qui sont visées et personne n’ose clarifier définitivement sa position et les intérêts recherchés dans la pérennité de ce conflit. Le président français souligne la nécessité de la stabilisation de la Libye qui est fondamentale pour la sécurité de l’Europe et du Sahel.

Les pays arabes ne sont pas totalement hors jeu mais avec leurs richesses fossiles certains soutiennent le GNA d’autres Haftar et la valse des soutiens souvent controversés selon les circonstances. Certaines monarchies accusent le GNA d’être proche des Frères musulmans, sont soupçonnés de financer l’intervention du groupe Wagner, proche de Moscou. Selon un rapport de l’ONU, Haftar serait en plus soutenu par des combattants syriens pro-Damas et des mercenaires venus du Soudan et d’autres pays.

L’avenir politique d’abord puis économique reste pour encore longtemps entre les mains de plusieurs pays qui ne voient que leurs intérêts comme la Russie, la France, la Turquie, l’Egypte et l’Italie. Par contre quelques pays à position claire et sans intérêt comme l’Algérie et la Tunisie soutiennent leur stratégie pour un règlement définitif du conflit. L’Algérie campe sur ses positions depuis décembre 2019 et devient un partenaire incontournable même gênant pour certains pays à travers sa vision essentiellement politique de règlement du conflit en rapprochant les points de vue des différents belligérants.

La réunion de Berlin entrevoyait une sortie de crise mais a été sabotée indirectement par certains pays qui ne cherchent qu’à étendre leur influence des intérêts. Certains pays commencent à revoir leur position et se rapprochent de celle de l’Algérie, encore une réussite diplomatique sur l’échiquier international du pays.

Les visions politico-économiques de certains pays ne serviront point le peuple libyen frère qui souffre à cause d’une main mise de certaines puissances sur ses ressources. Un certain leadership est mis en avant par certains pays agissant en Lybie juste pour être récompensées par des marchés et des services une fois la paix rétablie dans ce pays avec ses richesses fossiles.

K. Benabdeli

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