Diplodocus

Un mouvement restreint dans la diplomatie vient de redistribuer les postes d’ambassadeurs au niveau de nos représentations à l’étranger. Libreville, Paris, Berne, Genève et Bruxelles ont été les capitales visées par ce redéploiement. Personne ne peut s’immiscer dans le choix du timing et celui des pays concernés par ce mouvement cyclique normal mais l’on peut s’interroger sur la capacité de notre personnel diplomatique à défendre les intérêts supérieurs du pays. Sur une scène internationale éclatée où les alliances stratégiques traditionnelles souffrent de revirements réguliers. Par exemple, le poste de Libreville au Gabon semble figurer dans la liste parce qu’il fallait remplacer l’ambassadeur Antar Daoud nommé à Paris. Mais, son remplaçant ne chômera pas car les relations avec ce pays frère d’Afrique ne sont pas si plates qu’on pourrait l’imaginer. Le chargé d’études et de synthèses, Abdelhak Aissaoui, qui doit rejoindre la capitale gabonaise, devra développer beaucoup d’ardeur chez Ali Bongo notamment sur des sujets de divergences tels la question du Sahara Occidental ou d’autres dossiers sensibles qui opposent nos pays dans les plénières ou les coulisses de l’UA. A Paris, Antar Daoud devra traiter les innombrables dossiers de coopération, les contentieux en suspens et les relations courantes à travers le prisme de la Nouvelle Algérie. Un pari difficile. Parce que les relations algéro-françaises sont malheureusement bien imprégnées d’anomalies liées à l’ancien système qu’Alger s’efforce de démanteler. Il en est de même pour Berne, quoique la légendaire neutralité de la Suisse autorise une adaptation rapide de la diplomatie helvétique aux changements internes et souverains de l’Algérie post-Hirak. A Genève, la mission de Lazhar Soualem, nommé ambassadeur, représentant permanent de l’Algérie auprès du bureau des Nations Unies, sera beaucoup plus compliquée. En effet, dans ce contexte de conflits régionaux, l’Algérie défend des principes de souveraineté sur la base du droit international que la maison onusienne a bien du mal à faire respecter. Même défi à Bruxelles pour le successeur d’Amar Belani, Mohamed Hannache, qui se chargera à la fois des relations bilatérales avec le Royaume de Belgique et des relations avec le Parlement Européen où un extraordinaire lobby anti-algérien active depuis des années sous la houlette de notre voisin de l’ouest. Bien entendu, il ne s’agit pas de douter des compétences des diplomates choisis pour relever ces défis mais, l’histoire de notre pays a démontré que certains postes d’ambassadeurs exigent plus qu’une carrière de diplomate.  Des personnalités inoubliables comme Mhamed Yazid représentant diplomatique du FLN à la Conférence de Bandoeng en 1955, Réda Malek ministre plénipotentiaire en France, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en URSS, ou encore Abdelhamid Mehri au Maroc, rappellent que la diplomatie doit parfois compter sur le charisme politique et l’expérience pour certaines de ses missions.

Nordine Mzala

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