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Entretien avec Ezzedine Ghlamallah (Première partie)



 

SAAFI 2018 organise sous le patronage du Haut Conseil Islamique (HCI)

«L'Algérie a beaucoup à gagner avec la finance islamique» (Première partie)

Quel est l’état des lieux de la finance islamique aujourd’hui et comment pourrait-elle être une alternative ?

Aujourd’hui, la situation économique de l’Algérie est inédite avec des réserves de change qui bien qu’elles soient largement excédentaires, ont tendance à s'amenuiser en raison de la baisse des cours du pétrole et des déficits budgétaires. Pour parer à cela, le pays a lancé de grands projets afin de devenir moins dépendant des hydrocarbures. A cela s'ajoute également une nécessaire revue à la baisse des dépenses publiques. Nous avons assisté à un nécessaire rééquilibrage des finances publiques permettant une économie plus dynamique et variée du pays, concourant donc à une croissance plus forte.

L’épargne est malmenée par l’inflation et la faiblesse du dinar, aujourd’hui le seul moyen de faire fructifier un capital est de placer ses liquidités sur un compte épargne souscrit auprès d’une banque. La diversification dans les placements reste très limitée. Les Algériens se trouvent donc confrontés à un dilemme : investir leur argent à la banque et, potentiellement, en perdre en raison de l’inflation, le consommer ou, si la situation le permet, investir dans l’immobilier ou l’économie informelle. Ce dilemme, auquel les algériens sont confrontés explique l’explosion de la facture des importations et la flambée du marché de l’immobilier malgré les nombreux programmes de construction de logements lancés par le gouvernement. Les Algériens estiment la rémunération des dépôts à terme trop faible et l’épargne dans le système bancaire pas assez attrayante. L’argument principal consiste à mettre cette rémunération en relief avec le taux d’inflation actuel, ce qui a pour effet de la rendre en effet bien faible, voire négative.

Dans la perspective du développement du marché financier algérien et étant donné son faible niveau actuel, la mobilisation par les banques et établissements financiers des ressources d’épargne intérieure reste une question primordiale. La faiblesse des levées de fonds de la dernière tentative d'introduction en bourse et celle de l'emprunt national en sont d'ailleurs des exemples illustratifs.

Dans le cadre du plan de modernisation du secteur bancaire algérien, la mise place d’un environnement favorable au développement de la finance islamique et du Takaful doit permettre de rendre plus efficient le système bancaire algérien et d'offrir une autre alternative au financement.

L'Algérie a été un pays précurseur en matière de finance islamique en étant en 1991 le pays organisateur de la 1ère conférence d'harmonisation de l’AAOIFI. 

Dans ce contexte, un nouveau règlement de la Banque d'Algérie doit être promulgué pour encadrer la gestion des produits financiers dits alternatifs au niveau des banques et établissements financiers une fois qu’il aura été validé par le Conseil de la Monnaie et du Crédit.

On ne peut que se féliciter de l’adoption future d’une règlementation spécifique qui tienne compte des spécificités des opérations financières islamiques et qui permette d’en assurer la conformité quant aux différents standards actuellement en vigueur dans l’industrie mondiale (normes de l’AAOIFI en matière de conformité à la Chari’a et standards de l’IFSB en ce qui concerne le volet prudentiel).

C’est sans doute une bonne stratégie pour tester la matérialisation des potentialités du marché avant de passer à la vitesse supérieure par la création de lois spécifiques une fois que ce dernier aura prouvé son attractivité auprès des ménages et des entreprises.

Au sujet des fenêtres des banques conventionnelles souhaitant offrir à leur clientèle les produits de la finance alternative, on peut s’interroger si le futur règlement exigera une filialisation des activités, permettant d’assurer une imperméabilité totale entre les produits conventionnels et islamiques, ou si cette organisation spécifique et particulière sera uniquement interne aux différentes institutions financières de la place.

Comment s'annonce justement l'avenir de la Finance islamique en Algérie ?

Le recours à la Finance islamique va permettre à l'Algérie de diversifier et de financer son développement économique. A titre d’exemple, on peut citer les banques Al Baraka et Al Salam Bank dont plus de 25 % de leurs portefeuilles est dédié au financement de l'appareil productif. La finance islamique peut permettre de capter les quelques 3700 milliards de dinars qui se trouvent hors circuit bancaire. Le sujet de la lutte contre l'économie informelle est un sujet qui a été pris très au sérieux par le ministère du Commerce qui a lancé une étude avec l'appui du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) en partenariat avec le Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD). Le but de cette étude est de déterminer les différentes dimensions de l’économie informelle et son impact sur l’économie nationale dans le but de concevoir une stratégie permettant d’endiguer ce phénomène.

En effet, selon le président de l'association des banques algériennes, une partie de la population boude le système bancaire conventionnel car le principe d'usure va à l'encontre des convictions religieuses de la population. La finance islamique a le pouvoir de lever les réticences des   Algériens vis-à-vis du système bancaire en général et des banques en particulier. Du côté de la Bourse d'Alger, le travail d’implantation de la finance islamique et de ses instruments suit son cours : la place développe actuellement des structures et des montages permettant l’émission de Sukuk (certificats islamiques) dans le but d’être pleinement opérationnelle une fois le cadre légal défini. Rappelons que d’après ICD & Thomson Reuters, le marché mondial des 2438 Sukuk en circulation valait 345 milliards de dollars en 2016 et doit dépasser à horizon 2022 la barre des 600 milliards de dollars. 

Les émissions de Sukuk souverains peuvent être une solution de financement des projets étatiques grâce à la mobilisation de l’épargne de la population au travers des produits de capitalisation des assurances de personnes qui pourraient être distribués via la bancassurance. Non seulement l’utilisation des Sukuk va permettre à l’Algérie de diversifier ses sources de financement externes en lui donnant accès aux investisseurs institutionnels islamiques, mais elle va aussi contribuer au financement de ses entreprises nationales qui pourront, une fois que le marché sera mature, trouver en ces titres hybrides participatifs une solution de financement à leurs problématiques de trésorerie sans pour autant passer par une introduction en bourse ou avoir recours à des émissions obligataires.

Le 12 mars 2018, le Fonds monétaire international (FMI) indiquait dans un communiqué que l’Algérie avait intérêt à consolider sa situation budgétaire sans avoir pour autant recours au financement monétaire de la banque centrale. Dans cette optique, le FMI préconisait de recourir à un large éventail d’instruments de financement, notamment l’émission de titres de dette publique et idéalement d’emprunts extérieurs pour financer des projets d’investissements bien choisis.

Quant à l’offre de produits bancaires grand public, elle aura pour premier effet de soutenir le marché de l’immobilier et de la construction grâce à l’octroi de nouveaux crédits. Grâce à la mise sur le marché d’une offre grand public de comptes d’épargne sans intérêts et/ou participatifs, les banques arriveront à drainer de nouvelles ressources dormantes thésaurisées hors circuit bancaire ou en circulation sur le marché informel.

L’ensemble de ces mesures doit permettre à l’Algérie de mieux financiariser son économie affaiblie par des exportations insuffisantes et le poids du marché informel. L’utilisation des Sukuk (certificats d’investissement) et la création d’une offre grand public remplissent le même objectif de financement de l’économie algérienne, leurs contributions à l’atteinte de cet objectif ne s’effectuent cependant pas de la même manière mais restent néanmoins complémentaires.

Il y a donc fort à parier que l’Algérie émette un Sukuk souverain dans un avenir proche et que le développement de la finance islamique s’accélère.

 

Qu’en est-il au sujet des assurances ?

D’après le Conseil National des Assurances (CNA), le chiffre d’affaires réalisé par les assurances dommages (assurances de biens et de responsabilités) représente une part de marché de plus de  90%. Le montant des primes  d’assurance/habitant s’élève à l’équivalent de 40 dollars contre une moyenne mondiale de 662 dollars.

L’assurance en Algérie est un secteur peu développé mais à fort potentiel de croissance. L’ordonnance du 25 janvier 1995 a mis fin au monopole de l’État et a permis la création de sociétés privées. Malgré cela, le secteur est encore largement dominé par les compagnies publiques. Les assurances de personnes (épargne, santé, prévoyance) sont en phase de démarrage avec 9 % du marché, dans les pays où l’assurance est bien développée elles représentent généralement plus de 75%.

L’assurance Takaful n’existe qu’à travers Salama Assurances créée en 2000 et ce, en dépit de l’inexistence d’une réglementation spécifique. Elle est une filiale d’un groupe international d’assurance et de réassurance spécialisé dans le Takaful, Salama lslamic Arab Insurance Company (IAIC).

Le peu d’assurances obligatoires, le manque de culture assurantielle et de communication sont de véritables freins au développement de l’assurance Takaful en Algérie.

Par ailleurs, les assurances épargne et prévoyance ont du mal à se développer en raison d’un marché financier limité alors qu’elles doivent contribuer au financement de l’économie du pays. Il est important de rappeler que le cadre réglementaire impose, depuis juin 2011, aux compagnies qui souhaitent commercialiser des assurances de personnes, de disposer de filiales spécialisées.

Malgré ces freins, l’avenir semble prometteur. Le développement d’Internet va profiter au secteur des assurances en général et au Takaful en particulier. Avec la possibilité de réaliser des devis en ligne, de déclarer des sinistres et de gérer les contrats souscrits, le secteur de l’assurance va se démocratiser et s’étendre à l’ensemble du pays (aujourd’hui plus de 50 % du marché est concentré dans la wilaya d’Alger).

Le changement des habitudes de consommation et la prise de conscience des consommateurs vers des produits plus conformes à leur éthique et valeurs religieuses ainsi que la hausse du niveau de vie vont contribuer à dynamiser l’activité.

D’autre part, l’assurance Takaful famille (assurance de personnes) va permettre d’apporter des solutions répondant aux nouveaux enjeux socio-économiques par le développement de complémentaires santé et de garanties des accidents de la vie.

Certes, les assurances catastrophes naturelles et risques automobiles ont été rendues obligatoires. Cependant, si l’on veut assister à un véritable essor de l’assurance en Algérie qui permette d’assurer le développement et le financement de l’économie, il est nécessaire de légiférer afin de rendre d’autres branches d’assurances obligatoires et de donner un cadre juridique spécifique à l’assurance Takaful comme ont su le faire nos voisins tunisiens et marocains.

 

Quel thème avez-vous donné à votre symposium et depuis quand travaillez-vous dessus ?

Le Symposium aura pour thème les apports de la Finance Islamique à l’économie nationale ainsi que les enjeux à prendre en compte et les opportunités à saisir pour s’assurer de la meilleure implantation possible en Algérie.

Avec mon équipe nous travaillons, depuis novembre 2017, sur l’organisation du Symposium qui s’étalera sur deux journées d’études, de conférences et de débats. La première matinée sera consacrée à un état des lieux de la finance islamique en Algérie, que ce soit en termes d’activités bancaires, assurantielles ou philanthropiques. L’après-midi de la première journée sera, quant à elle, dédiée aux enjeux à prendre en compte qu’ils soient juridiques, fiscaux et jurisprudentiels. Les freins au développement et les défis à relever seront identifiés et le rôle de la Banque centrale et de la politique monétaire abordés. La deuxième journée fera état des opportunités que représentent la finance islamique et l’assurance Takaful pour notre pays, des panels composés d’experts internationaux nous permettront d’étudier les différentes expériences conduites de par le monde en matière d’implantation de la finance islamique. Le Symposium abordera les thématiques de l’inclusion financière, de la mobilisation des ressources hors circuit bancaire, du développement de l’assurance, du financement de l’appareil productif, du financement extérieur et des Sukuk ainsi que des outils d’optimisation de la collecte et de la distribution de la Zakat. 

 

Quels sont les grands partenaires intellectuels, institutionnels et financiers ?

Lors de mes études en finance islamique à l’Université de droit et de sciences politiques de Strasbourg, j’ai eu la chance et l’honneur d’être l’élève du Professeur Mohammed Boudjelal professeur d’économie à l’université de M’Sila et membre du Haut Conseil Islamique (HCI), spécialiste en finance islamique et membre fondateur et expert auprès du Fonds national de la Zakat en Algérie.

Le Professeur Boudjelal est mondialement connu comme étant l’un des chercheurs pionniers à s’être penché sur la question de la finance islamique notamment au travers de son ouvrage «Le système bancaire islamique».

C’est naturellement que nous lui avons proposé d’assurer la direction scientifique du SAAFI 2018.

Le Professeur Mohammed Boudjelal étant membre du Haut Conseil Islamique (HCI), nous bénéficions du soutien et du Patronage de cette noble institution qui joue une fonction motrice dans l’implantation de la finance islamique en Algérie. 

 

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