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NAZIM ZOUIOUECHE EX-PDG DE SONATRACH, EXPERT PÉTROLIER «L’Algérie pourrait retrouver une situation enviable dans le monde des hydrocarbures»



Le chiffre d’affaires à l’exportation du groupe Sonatrach a atteint près de 39 milliards de dollars en 2018, contre 33,2 milliards de dollars en 2017, soit une hausse de 17,5%. Ce chiffre d’affaires a été atteint en dépit d’une diminution du volume global exporté qui est passé à 98,9 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) en 2018, contre 106,2 millions de TEP en 2017, soit une baisse de près de 7%. Quelle lecture faites-vous de ces chiffres ?

Nazim Zouioueche : La première réaction est de constater que les recettes sont en hausse malgré un volume vendu inférieur. Ceci, nous encourage à maintenir les décisions prises par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses partenaires, de limiter les soutirages pour éviter de noyer le marché. Une offre adaptée à une demande bien étudiée est certainement la règle à respecter dans l’avenir pour ne pas avoir à subir les aléas des variations des prix du brut sur le marché international et aussi du gaz, puisque les formules de détermination des prix de ce produit restent liées au prix du pétrole. En reprenant les résultats des années 2017 et 2018, on constate que le prix du Brent (qualité de pétrole qui détermine le prix du pétrole Sahara Blend) en moyenne annuelle était de 54,25 USD le baril pour atteindre 71,05 USD en 2018. On comprend bien pourquoi, malgré une baisse de production constatée en 2018, nous avons enregistré une hausse de 17% du chiffre d’affaires. Il ne faut pas s’arrêter à cet état des choses. Les hydrocarbures sont une richesse finie ; aussi, faut-il d’ores et déjà mettre en branle toutes les mesures nécessaires à une diversification de notre économie. La tâche est rude mais pas insurmontable si la volonté de réussir existe. Il nous faut aussi prendre toutes les mesures nécessaires pour produire nos gisements au meilleur taux compatible avec un soutirage harmonieux de nos réserves. Le temps nous est à présent compté ; nous ne pouvons plus tergiverser.

-L’américain Exxon Mobil a annoncé récemment avoir mis entre parenthèses ces contacts préliminaires en vue d’éventuels partenariats avec le groupe Sonatrach. Comment jugez-vous l’impact de cette information, et quels en seraient les répercussions sur la notoriété du groupe, et ses efforts pour nouer de nouveaux accords ?

Il ne faut pas faire des hésitations de la société Exxon Mobil une catastrophe ; il est normal pour toute société, et surtout dans le secteur des hydrocarbures, qui doit s’engager pour de longues années, de réagir ainsi, en voyant la situation actuelle de notre pays depuis février. Nous assistons à une remise en cause de tout un système qui perdure depuis longtemps. Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire et de le lire à travers de multiples contributions, un des critères clé pour les sociétés étrangères devant investir dans le secteur est la stabilité, car leur engagement ne se limite pas à une courte période mais à des périodes pouvant couvrir des dizaines d’années. Si la situation de notre pays se précise comme nous sommes en train de le constater c’est-à-dire que nous nous orientons vers plus de démocratie, es scories, l’Algérie pourra retrouver une situation enviable dans le monde des hydrocarbures car notre sous-sol reste encore prometteur en matière d’exploration et en ce qui concerne les gisements déjà découverts.

-La situation politique actuelle devrait avoir immanquablement des répercussions économiques, quels en seraient les effets sur le secteur pétrolier ?

Comme nous l’avons dit, nous allons connaître une période de stagnation qui prendra rapidement fin si les transformations attendues dans notre pays prennent place le plus rapidement possible. Il faut reconnaître que notre secteur n’a pas connu de nouveaux IDE (Investissement direct étrangement) depuis une longue période. L’Algérie, province pétrolière avérée, reste encore attractive ; à nous de promouvoir une véritable politique de partenariat apte à rendre notre secteur hydrocarbures digne d’intérêt pour les plus grandes compagnies mondiales, en particulier à travers une loi permettant un partenariat gagnant-gagnant. Il faudrait aussi inclure les énergies renouvelables qui sont encore à leurs premiers balbutiements. Rappelons-nous le projet «Desertec» avorté qui, bien pensé et bien géré, aurait pu nous apporter des progrès dans tous les domaines et surtout nous dégager d’importantes quantités de gaz utilisables dans d’autres domaines que la production d’électricité. Quant aux énergies non conventionnelles, il est important au préalable de déterminer les quantités disponibles réellement exploitables et de s’interroger de manière sereine sur les coûts induits pour produire ces quantités d’énergie non conventionnelle utilisables. Il faut maintenant nous poser en permanence la question de la rentabilité. Ainsi surveiller les cours du brut est une chose mais l’essentiel reste pour nous les coûts, car ce qui importe est d’avoir une différence aussi élevée que possible entre le prix du brut et les coûts pour le produire. Contenir les coûts et mieux les réduire, doit être un challenge permanent en mettant l’accent sur la maintenance, sur la lutte contre les glissements des plannings de réalisation, et surtout une formation permanente adéquate. Notre entreprise nationale doit se doter au plus vite d’une solide comptabilité analytique essentielle pour cette maîtrise des coûts. 

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