Financement de l’économie

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Intégrer la diaspora par la bi-bancarisation

La crise sanitaire induite par la pandémie Covid-19 et qui est venue aggraver celle économique causée par la chute vertigineuse des prix du pétrole a remis à l’ordre du jour la bi-bancarisation. La bi-bancarisation, ce mécanisme qui permet à des populations immigrées d’accéder à des services bancaires dans leur pays d’accueil et dans leur pays d’origine. Or, la communauté algérienne établie à l’étranger peut jouer un rôle important dans ce sens.

En 2019, les transferts de fonds s’élevaient à environ 7 milliards de dollars pour le Maroc, 2 milliards pour la Tunisie, 1,8 milliard pour l’Algérie, 2,5 milliards pour le Sénégal, 2,8 milliards pour le Kenya, 0,6 milliard pour le Soudan.

Selon la Banque mondiale, la pandémie du coronavirus va entrainer une forte baisse des transferts de fonds du nord vers le sud. La Banque mondiale estime que, en raison de la crise sanitaire et la baisse d’activités qu’elle a induite, les fonds transférés par les travailleurs migrants vers leur pays d’origine vont chuter de plus de 20% cette année.

La bi-bancarisation est considérée comme un instrument de financement des pays en voie de développement, un outil d’inclusion financière et un facteur favorisant l’implication des diasporas dans les relations “Nord-Sud”, explique Me Gauvin avocat et conseiller externe de la Banque mondiale et de BAD, spécialiste de la question.

La bi-bancarisation ne se limite plus à un simple transfert de fonds mais a évolué pour inclure d’autres produits et services tels que l’ ouverture d’un compte à distance, à partir du pays de résidence dans le pays d’origine, l’octroi de crédits immobiliers dans le pays de résidence du migrant pour une acquisition de logement dans son pays d’origine et l’investissement dans le pays d’origine à travers différents instruments financiers.

Réduction du coût de transfert

La bi-bancarisation permet également une réduction du coût de transfert. Les sociétés de transfert de fonds (Western Union) facturent en moyenne 6 à 7% chaque opération alors que l’objectif recommandé par la Banque mondiale est de 3% maximum.

La bi-bancarisation n’offre pas des avantages uniquement pour le pays d’origine mais également pour le pays d’accueil, en ce sens qu’elle permet d’intégrer dans le circuit bancaire les transferts de fonds qui pourraient suivre des voies pas trop légales comme le recours au cabas pour transférer des espèces. Elle permet aussi une traçabilité et une meilleure efficacité dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Mais pour que les banques de la rive sud de la méditerranée puissent offrir des services bancaires dans les pays de la rive nord, il faut que le cadre légal les autorise. Seules la France, l’Allemagne ou l’Italie ont mis en place un cadre juridique pour la bi-bancarisation. Les autres pays de l’Union Européenne restent réticents à autoriser les banques hors espace européen à intervenir sur leur territoire malgré les recommandations des instances internationales.

En France, où la communauté algérienne est la plus importante, comptant plus de 800 000 immigrés, le code monétaire et financier autorise, sous conditions, les banques des pays bénéficiaires de l’aide publique au développement à commercialiser leurs services sur le territoire français. Cette loi fait actuellement l’objet d’amendement pour introduire la possibilité pour les banques étrangères d’offrir des produits d’épargne collectif.

La bi-bancarisation suppose deux parties, le pays d’accueil et le pays d’origine. Chaque partie devra avoir la volonté d’offrir les conditions de mise en place concrète du dispositif nécessaire à la bi-bancarisation. Elle suppose aussi que les banques du pays d’origine soient en mesure d’offrir des services financiers de façon compétitive et fiable.

En Algérie, à l’heure où la mobilisation de toutes les ressources financières est un des objectifs du gouvernement, la bi-bancarisation peut constituer une piste à explorer d’autant plus que la diaspora est aujourd’hui un partenaire incontournable dans le développement du pays d’origine. Dans certains cas, l’apport de la diaspora dépasse les investissements directs étrangers (IDE).

Il faut attendre le détail du plan d’action du ministre des finances, qui a promis de le présenter lors d’une rencontre avec la presse dans les prochains jours, pour voir quelle sera la place accordée à la diaspora dans sa contribution à l’investissement dans son pays d’origine.

Samir D.

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