HOMMAGE

Hamid Tahri raconte feue Keltoum

Avec le départ de Nouria ,c’est un pan de notre théâtre qui part. Elle est partie à 99ans laissant un riche patrimoine immatériel. Voici un extrait de son parcours consigné dans mon livre Portraits(2017)

Elle est née, dans un village perdu du côté de Tiaret. « Ce que j’ai gardé de ce monde est si difficile de retrouver aujourd’hui. Les modifications ont rendu ,si lointaines les années d’enfance. Elle en parle ,avec cette fierté propre à une fille de province, qui a su découvrir et aimer le théâtre. Née en 1921,à Tiaret dans une famille d’agriculteurs aisés, son père Miloud veillait au confort de ses enfants, mais n’admettait
pas que ces derniers, franchissent certaines barrières en bafouant les traditions bien ancrées ,et qui ne faisaient pas la part belle aux femmes. Et lorsque la petite Khadidja émit le vœu d’être scolarisée, son père eut cette réplique ô combien significative: «Tu veux peut être aller à l’école pour piloter des avions plus tard ,il ne manquait plus que ça!! » Aussi sèche, aussi contrariante et blessante ,cette sentence aura marqué la fillette pour la vie. A 14 ans elle quitte son patelin rural, pour aller vivre à Mostaganem chez sa sœur Mimouna. C ‘est dans cette ville portuaire qu’elle fera la connaissance du jeune dandy Mustapha Bouhrir ,qui sera plus connu sous le pseudo Mustapha Kazderli. C’est le grand amour et le mariage en 1939 et l’installation du couple à Alger.Taha el amiri ,Boualem Rais Mustapha Badie et Kasderli créent une troupe de théâtre le Croissant Algérien, rejoints par par Abderrahmane Aziz et Latifa. Khadidja s’effacera pour prendre le prénom de Nouria. J’étais couturière et on habitait dans un studio à Bab el oued. Je faisais la marmite pour tous les artistes qui y venaient. Un jour, il manquait une femme pour un rôle mineur, Rais est venu me solliciter mais j’avais refusé au départ. Le visage émacié lui donnait l’air d’une créature mythologique dans la pure tradition des tragédies grecques. Et ce n’est pas sans fierté qu ‘elle exhibe sa participation dans la pièce Antigone qui a eu un énorme succès. Depuis c’est une carrière époustouflante aux côtés des vedettes des planches. Modeste à l’extrême, quand on lui fait remarquer qu’elle parle des autres plus que d’elle même, elle renvoie avec une moue dubitative: «Mais quand je parle d’eux ,je parle de moi »
Quelle humilité et quelle personnalité
Evoquant la situation du théâtre Algerien, en nette régression elle m’avait confié : »Celui qui aurait pu redresser la barre, c’est Sid Ahmed Agoumi. C’est un deuxième Kateb ou Bachtarzi. Comme on ne voulait pas le laisser travailler ,il est parti, c’est dommage!

A sa fille Fouzia , à sa famille toute ma compassion, ma solidarité et mes sincères condoléances.

 

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