Inaccessible pendant 30 ans, la plage de club des pins rouverte au grand public

Inaccessible pendant 30 ans, la plage de club des pins rouverte au grand public

La fin des privilèges

Pour l’Algérois, il ne s’agit pas uniquement de piquer une tête dans l’eau mais plus de se réapproprier un coin de son pays, «spolié» durant une trentaine d’années.

Amine Ghouta

Cela s’est passé en catimini, presque inaperçu si ce n’est le rush des citoyens vers la plage «interdite» qui a attiré toutes les attentions. La réouverture de la plage du Club des Pins, habituellement réservée aux locataires de la résidence d’Etat, au grand public, est pourtant un grand événement en soi. Inaccessible depuis 29 ans, cette plage a été l’image même de l’Algérie «partagée» avant de symboliser la corruption à la plus haute marche de l’Etat. L’information qui n’a pas été confirmée de sources officielles pourtant prise le 15 août dernier, a largement circulé, vendredi,  sur les réseaux sociaux, si bien que la plage a été prise d’assaut par des centaines de citoyens qui y ont afflué tout au long de la journée. Ils continuaient hier encore à se diriger vers cet endroit devenu «mythe», tellement qu’il a été au cœur d’histoires énigmatiques et de grands scandales.

L’exception qui devient la règle

Pour l’Algérois, il ne s’agit pas uniquement de piquer une tête dans l’eau mais plus de se réapproprié un coin de son pays, «spolié» durant une trentaine d’années. La résidence qui a vu le jour, en plein terrorisme, plus précisément fin des années 92, par un décret exécutif signé par Belaïd Abdesselam qui était alors chef du gouvernement, devait constituer, durant la décennie rouge, une zone sécuritaire pour des hauts fonctionnaires, des dirigeants politiques, des parlementaires et autres personnalités nationales. Une mesure temporaire qui n’a plus lieu d’être depuis le retour de la paix. Mais il semble bien que les hautes personnalités ont pris goût à ce privilège surtout que ces derniers bénéficiaient d’une prise en charge totale. C’est dire que si l’encerclement de la résidence d’Etat et partant de là de la plage à laquelle elle donne accès, était justifié pour temps, il ne l’est plus depuis longtemps. Mais à l’époque, les responsables ne voyaient pas les choses de cette façon. Ces derniers ont préféraient garder leur plage, leurs villas, leur intimité et s’éloigner des regards indiscrets pour …vivre heureux. Loin de l’Algérie profonde et de ses problèmes. D’ailleurs, les hauts fonctionnaires finissaient par quitter leurs postes mais pas club des pins. Avoir accès à Club des pins signifiait faire partie de la nomenklatura ! Cela n’offrait pas seulement, l’accès à une plage privée, une villa et une surveillance de jour comme de nuit mais plutôt la possibilité de constituer un réseau puissant de relations facilitant le traitement des sombres affaires dans une totale quiétude. D’ailleurs, l’ensemble des ex ministres, membres des différents gouvernements qui se sont succédés depuis 20 ans, étaient tous voisins à club des pins. Ils le sont aujourd’hui à la prison d’El Harrach. Les Algériens n’avaient que des bribes sur les histoires qui se passaient à l’intérieur. Beaucoup ont pensé qu’il ne s’agissait que des ouï-dire amplifiés par l’imagination collective mais les dernières révélations faites lors des procès de corruption ont fini par confirmer que club des pins a bien été une «zone de non droits». Des indiscrétions ont fait état de la découverte  d’une cache souterraine assimilable à la caverne d’Ali Baba dans la résidence de l’ex gérant de la résidence d’Etat, accusé aujourd’hui d’espionnage. Le procès de Mme Maya qui devrait s’ouvrir mercredi prochain, lèvera le voile sur les milliards et les kilos d’or qui ont été emmurés dans sa villa de Moretti. Une seconde résidence d’Etat, pas loin de Club des pins. C’est dire que ces lieux de résidences sont devenus l’image vive de la décadence des responsables algériens. Ces derniers avaient créé des zones de non-droits inaccessibles à leurs concitoyens ce qui rappelait fortement l’époque des citoyens de seconde zone.

C’est pour recouvrir leur totale citoyenneté et bannir les pratiques d’un passé malheureux que les Algériens qui se sont révoltés à 22 février, se sont dirigés vers la plage de club des pins. Une manière de ressentir la victoire et l’aboutissement des efforts du Hirak qui durant plus d’une année, n’a cessé de dénoncer la hogra, l’injustice et la corruption. Une page est enfin tournée.

A.G.

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