La fin des agences

Air Algérie devrait fermer la plupart de ses agences à l’étranger. On  comprend aisément que le management de notre compagnie nationale se concentre sur la vente en ligne des billets plutôt que d’entretenir de couteuses agences de voyage dans de nombreuses villes de beaucoup de pays. Ces représentations commerciales assumant des loyers élevés et de lourdes charges en employant un personnel payé en monnaie forte alors que sa trésorerie subit les retombées très difficiles de la crise du Coronavirus qui a cloué la flotte au sol pendant de longs mois. D’ailleurs, le transporteur aérien a souvent été critiqué pour son recrutement abusif d’enfants ou proches parents des notables de la nomenklatura, des «planqués» vivant à l’étranger sur le dos d’Air Algérie. La fermeture des agences pourrait donc mettre un terme à la mauvaise gestion et aux emplois parasites qui ont affaibli une entreprise nationale stratégique. Une compagnie qui doit se hisser au niveau de ses concurrents par plus de rigueur dans son fonctionnement et en alignant ses prix qui demeurent en décalage par rapport aux standards internationaux. Cependant, la disparition des agences de proximité va inquiéter une partie de sa clientèle, d’un certain âge, non initiée à l’achat on line des billets. Les «chibanis», nos anciens qui continuent à voyager régulièrement entre les deux rives de la Méditerranée, par exemple, vont souffrir de la suppression des points de vente directe, où l’agent d’Air Algérie leur explique tous les détails du voyage en demandant de leurs nouvelles, leur réservant l’accueil que méritent les clients fidèles. Parce qu’il faut l’avouer, malgré la ponctualité très relative des avions, les prix du billet instables, de longues files d’attente, les agences de notre pavillon national ont toujours été des espaces chaleureux de retrouvailles fraternelles. Le design sympathique, les décors aux beaux objets d’artisanat et aux couleurs nationales, les enfants d’émigrés excités de s’envoler vers le «bled» pour les grandes vacances et de retrouver bientôt les dizaines de cousins, les accents de toute l’Algérie qui fusent dans l’agence ne seront plus que de vieux souvenirs pour ceux qui auront connu cela. Tout le monde devra désormais réserver et acheter, chez soi sur l’ordinateur ou sur un téléphone portable, un billet numérisé reçu sous forme de code barre…L’Algérie Nouvelle, c’est l’Algérie des jeunes. Rentabilité, compétitivité et efficacité. La nostalgie des agences volera quelques temps encore, par ses propres ailes.

 Nordine Mzala

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