La force magique de la culture

Par Rachid Ezziane

 De grâce, amis gouvernants et politiciens, donnez aux hommes des arts et des lettres la place qu’il leur faut dans la société ! Car libérer la culture, c’est libérer le citoyen ; et libérer le citoyen, c’est en faire un patriote potentiel. Il n’y a pas, aujourd’hui, avec les sales temps qui courent sur le monde, comme immunisation contre le chao qu’un citoyen conscient. Et il ne peut l’être sans pouvoir dire, écrire et penser son pays spontanément. Librement…

Voyez comment tous les pays qui ont libéré leur culture sont devenus des pays locomotives. Ils se sont immunisés contre toute ingérence d’où quelle vienne. 

«Quand le bâtiment va, tout va», disait-on, durant tout le long du vingtième siècle. Je crois, de nos jours, la donne a changé. Et c’est tout un autre paramètre, immatériel, qui est devenu l’agent catalyseur des sociétés. Car, aujourd’hui, les hommes ont plus besoin de culture que de confort. Et sans le risque de me tromper, je pourrais dire : «Quand la culture va, tout va !»

Donnez  la chance à la culture et vous verrez combien elle est porteuse de bien-être. Jamais dans l’histoire des hommes, un peuple cultivé n’a été vaincu longtemps. Il peut plier, mais rompre, jamais. Il peut subir des disettes, mais ne meurt jamais de faim. Il peut perdre une bataille, même une guerre, mais il n’acceptera jamais de vivre sous la domination. Encore moins trahir son pays.

Telle est la force magique de la culture. Elle est comme la graine qu’on jette et qui, malgré les aléas du climat ou son oubli sous terre, éclot en mille plantes vertes. 

« Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper », avait dit Victor Hugo. Malek Bennabi, lui, va encore plus loin : « Même l’activité la plus insignifiante est liée à une certaine esthétique, dit-il. Il manque en Algérie précisément le sens esthétique, et ce sens nous fait terriblement défaut, car il résoudrait déjà pas mal de petits problèmes qui commandent tout le problème de l’homme. L’esthétique, c’est tout le problème de notre musique ennuyeuse comme un bâillement, c’est tout le problème de l’art, de la mode vestimentaire, de nos usages, c’est une manière de faire un geste plus ou moins élégant ou gracieux de balayer devant sa porte, de peigner nos enfants, de cirer nos chaussures (…), de marcher sans indolence comme le recommande le Coran. Toute l’ambiance d’une civilisation : c’est là le problème de l’esthétique. Il faudrait que dans nos rues, dans nos cafés, on trouve la même note esthétique qu’un metteur en scène doit mettre dans un tableau de cinéma ou de théâtre. Il faudrait que la moindre dissonance de son, d’odeur ou de couleur, nous choque comme on peut être choqué devant une scène théâtrale mal agencée… le goût de la beauté, donnera le goût du parfait, celui qui aura vraiment le sens du beau aura le mépris de l’inachevé. »  

R.E

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