L’Algérie intéressée par le vaccin russe

L’Algérie intéressée par le vaccin russe

Enjeux politiques, financiers et pragmatisme national

Au lendemain de l’annonce surprise de Vladimir Poutine, au sujet de la découverte d’un vaccin par un laboratoire russe, le ministre algérien de la Santé et de la réforme hospitalière, le professeur Abderrahmane Benbouzid, a fait part de ses échanges avec l’ambassadeur de la Fédération de Russie au sujet de la disponibilité du vaccin contre la Covid 19. Cette marque d’intérêt et de confiance en le partenaire traditionnel russe résume l’attachement de l’Algérie à son autonomie dans cette conjoncture de pandémie mondiale où des enjeux financiers et politiques se greffent à la mission première des Etats soucieux de protéger leur peuple. 

Par Nordine Mzala

Contre toute attente, alors que nombre de commentateurs autorisés ont voulu rester prudents ou suspicieux à l’endroit du Président russe, communiquant redouté ou envié sur la scène internationale, l’Algérie officielle réagit avec intérêt par la voix du ministre de la Santé et de la Réforme hospitalière qui a accordé une audience à Igor Beliaev, ambassadeur de la Fédération de Russie.

Entière confiance

L’entretien a porté, selon le compte-rendu du département de la Santé, sur «la grande avancée réalisée dans la production du vaccin anti covid-19 au niveau du centre national russe de recherche en épidémiologie et microbiologie (Gamaleya), dont l’enregistrement avait été annoncé et sera disponible sur le marché international fin 2020, voire début 2021.» Une réponse au ministre Abderrahmane Benbouzid ayant rappelé au représentant russe le souhait du Président Abdelmadjid Tebboune que l’Algérie soit «parmi les premiers pays à acquérir le vaccin anti Covid-19 pour la préservation de la santé des citoyens.» Le ministère algérien de la Santé ayant réaffirmé à cette occasion son entière confiance en l’expertise et le partenariat russe dans ce contexte de doute international entretenu.

Commande de principe

Sur le plan strictement sanitaire, cet engagement moral participe à anticiper et à assurer un approvisionnement massif en vaccins et à positionner l’Algérie comme client prioritaire ; en plus de renforcer la coopération scientifique et l’échange stratégique face à ce virus mystérieux qui a perturbé la vie quotidienne de la quasi totalité de l’humanité. Les structures de veille sanitaire et les nombreux spécialistes algériens pourront donc bénéficier d’informations médicales qui souffrent de rétention chez beaucoup de partenaires scientifiques étrangers sommés de ne pas trop en dire pour protéger un éventuel leadership avec son lot de retombées commerciales et politiques.

Pragmatisme algérien

Parce que la pandémie et son drame quotidien, qui compte des milliers de morts à travers le monde, couve aussi une compétition médicale et commerciale, voire politique, l’Algérie fait sûrement bien de donner la priorité à la riposte pratique plutôt que d’écouter ou de cautionner les polémiques stériles entre concurrents potentiels sur le marché mondial du vaccin. D’ailleurs, dès le début de la crise sanitaire, sans jamais tergiverser, les autorités sanitaires algériennes ont su acquérir, utiliser et fabriquer en partie les protocoles curatifs qui ont permis de soigner et guérir une très grande partie des sujets contaminés, dans les différentes structures hospitalières du pays. Forte de son potentiel humain, auquel il faut rendre un grand hommage pour le sacrifice consenti – des médecins et des agents paramédicaux ont succombé après leur contamination – le secteur de la Santé ne pourra que se féliciter de décisions politiques à la motivation essentiellement thérapeutique, quels que soient le coût financier et les pressions extérieures. A noter que le ministre russe de la Santé, Michail Mourachko, a affirmé mercredi dernier que le vaccin rentrerait en production «dans deux semaines» en répondant aux détracteurs, rajoutant qu’il serait utilisé sans plus attendre. Toutefois, l’Algérie prendra, bien entendu, les précautions de souveraineté concernant les tests qui autoriseront l’adoption du vaccin qu’elle importera en le soumettant aux habituels mécanismes de contrôle. Sans aucune défiance envers les recommandations de l’OMS qui ne sauraient, cependant, dicter la conduite à tenir au détriment du pragmatisme national.

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