L’Algérie traque le blanchiment de l’argent sale en France

L’Algérie traque le blanchiment de l’argent sale en France

«Neuilly, c’est fini! »


On se souvient de cet engagement électoral qui a fait verser beaucoup d’encre : le candidat aux présidentielles, Abdelmadjid Tebboune, affirmant savoir «où et comment » récupérer l’argent détourné par la Issaba. Avant-hier, c’est le quotidien français Le Point qui a rendu public les procédures de la justice algérienne pour traquer les fortunés algériens qui ont tenté de blanchir leur argent sale dans des investissements immobiliers ou autres affaires sur le territoire français.
L’Etat français voudra-t-il enfin coopérer contre ces richissimes réfugiés qui ont pillé l’Algérie? Si l’on se fie aux cas antérieurs de ponte africains, par exemple, poursuivis pour leur bien mal acquis dans l’ex-métropole coloniale, il est à craindre quelques résistances du côté de l’Etat français qui n’a jamais pensé, pour sa part, à rendre le trésor volé à Alger en 1830.
France, caisse d’accueil !
L’information a été publiée jeudi sur le site du journal français Le Point, sous le titre «Les biens mal acquis en France dans le viseur de l’Algérie ». Une première dans les relations algéro-françaises accusées, à juste titre, d’une connivence coupable, épargnant mutuellement les sujets qui fâchent. Abdelmadjid Tebboune aurait donc décidé de tenir son engagement de campagne, réussir à récupérer les gros sous volés au Trésor public algérien par des dizaines, voire des centaines de hauts responsables indélicats et «investis » à l’étranger. En France notamment, parce que les réseaux de change parallèle, de prête-noms et de blanchiment sont bien installés. Tissu familial, rejetons de la Issaba envoyés en éclaireurs lorsque les papa et maman ont commencé à piocher dans les caisses de l’Etat, sont les meilleurs relais du recyclage de l’argent sale, du denier public algérien siphonné.
Les griffes de Tracfin
Ainsi, l’article du Point précise qu’il ne s’agit pas seulement de renseignements «sur des aspects fiscaux » que la justice algérienne aurait demandés dans sa démarche en faveur d’une «entraide judiciaire visant à établir le patrimoine d’une dizaine de ressortissants Algériens ». Et d’ajouter que l’enquête pourrait concerner une centaine d’ex-responsables à travers leurs relais. Pour les observateurs avertis, la saisine des autorités françaises compétentes dans ce domaine risque de déclencher des investigations pointues de Tracfin, un véritable service de renseignement «placé sous l’autorité du Ministère de l’Action et des Comptes publics. Il concourt au développement d’une économie saine en luttant contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme» comme le définit son site officiel.
Impunité à la Bongo
Ce qui promet une vaste opération «mains propres» qui rattrapera certainement des complices de France et de Navarre où la bienveillance à l’égard du business de l’oligarchie algérienne se compose souvent avec des affinités politiques, jadis sous le sceau de la raison d’Etat. Socle du chantage, la tolérance anormale à l’égard du business suspect des grosses légumes algériennes est soupçonnée de servir à tenir en laisse les malfaiteurs du sérail algérien dont les intérêts financiers peuvent être remis en cause à tout moment par l’administration du pays d’accueil. On se souvient comment les avoirs du président gabonais Omar Bongo Ondimba ainsi que le patrimoine de son parent par alliance Denis Sassou Nguesso, ex-président du Congo-Brazzaville, pour ne citer qu’eux, ont été ciblés par l’ONG française Sherpa, spécialisée dans la lutte contre la corruption. Une procédure qui a débuté en 2007 en France, suivie d’une plainte dans la Principauté de Monaco mais qui seraient restées toutes deux lettres mortes, malgré les résultats d’enquêtes ayant conclu à un riche patrimoine aux origines forcément suspectes. Plusieurs millions d’euros en plus de dizaine d’appartements et villas luxueux.
Hypothétique restitution
Pourtant, d’autres pays tels la Suisse ont su restituer les biens aux peuples spoliés par leurs dirigeants indignes. Selon les informations disponibles sur le Net, un peu plus de 2 millions de dollars auraient été rendus au Mali, récupérés à partir des comptes de l’ancien dictateur Moussa Traoré ; 658 millions de dollars de Ferdinand Marcos qui a saigné les Philippines et dont l’épouse possédait des milliers de paires de chaussures très couteuses…Le Pérou, le Nigéria ont reçu respectivement 80 et 594 millions de dollars pillés par leurs anciens présidents Alberto Fujimori et Sani Abacha. Les Etats-Unis ont déclaré aussi avoir rendu deux milliards de dollars à Baghdad, qui auraient été détournés par Saddam Hussein. Réalité ou intox, dans le complexe monde des flux financiers entre Etats développés et pays sous-développés ou émergents, les restitutions des richesses aux peuples floués par leurs élites demeurent insignifiantes.
Pillage et tradition
Simples opérations de communication aux lendemains de la chute des alliés d’hier, les saisies des biens mal acquis souffrent encore de l’arbitraire des ententes politiques. Ainsi, il n’est pas certain que l’Algérie puisse reprendre ce qui lui appartient et qui a été volé, estimé à plusieurs milliards de dollars, par des responsables qui n’ont pas vendu que leur âme. La colonisation ayant été une œuvre durable de pillage économique en plus des massacres de populations et autres injustices, l’hébergement des voleurs de la période postindépendance s’inscrit presque dans la tradition. Si bien qu’il faudra peut-être régler un contentieux historique qui pourrait remonter jusqu’au trésor volé en 1830 grâce aux Busnach, Bacri et Deval. Cela implique que l’entraide entre Paris et Alger dépasse le niveau judiciaire. En attendant, on peut espérer tout de même quelques déboires pour nos escrocs expatriés qui, à l’instar de cet ancien pompiste de Tébessa, ont pu acquérir bizarrement une ou plusieurs coquettes résidences parisiennes. Comme pour Capri dans la chanson de variété, il parait que désormais «Neuilly, c’est fini !».
Nordine Mzala

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