Le projet de révision adopté sans débat à l’APN

Le projet de révision adopté sans débat à l’APN

Tebboune s’en remet au  Hirak

L’Assemblée populaire nationale a adopté, jeudi, le projet de révision de la Constitution. Passage obligé avant de soumettre la nouvelle Loi Fondamentale au référendum populaire, la séquence de l’APN n’a cependant pas autorisé le débat chez les parlementaires. Volonté manifeste du Président de la république de ne pas associer la majorité FLN-RND à  son texte de rupture. Abdelmadjid Tebboune inscrit donc sa démarche dans la dynamique du «Hirak béni» qui rejette ces appareils politiques complices des  graves dérives qui ont causé de lourds préjudices au pays. Rien ne sera plus comme avant.

Des députés ont tenté de sauver l’honneur en osant des questions de fond pertinentes. Mais l’heure n’était pas au débat. Il fallait voter.

Texte à voter

«Le projet de loi relatif à la révision de la Constitution, un des principaux engagements politiques du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à instaurer un Etat moderne à travers une « réforme globale » de ses institutions, a été adopté jeudi à l’unanimité des membres de l’Assemblée populaire nationale (APN)», rapporte l’agence officielle de presse, l’APS, qui souligne aussi l’absence de débat en expliquant que le texte a été rédigé par un comité d’experts qui ont basé leur synthèse sur les suggestions émanant de différents groupes représentatifs du pays. Plus de cinq milles intervenants issus de la société civile, des juristes, des intellectuels, des militants politiques et des personnalités divers ont formulé des propositions qui auraient inspiré cette mouture finale.

Le spectre de Tliba

Exit l’opinion des députés sollicités par le passé. Ces derniers ont donc été volontairement tenus à distance du comité de rédaction durant la préparation et n’ont pas eu l’occasion de débattre ni de proposer quoi que ce soit lors de ce vote, jeudi. Il faut dire que le hasard du calendrier judiciaire du tribunal d’Alger, voisin de l’hémicycle,  a envoyé un message fort, il y a quelques jours, au sujet du sérieux déficit de crédibilité d’une Assemblée qui souffre de l’intrusion de locataires décriés. Pour rappel, l’ex-député Baha Eddine Tliba, a confirmé que des mandats de députés ont été vendus à sept milliards le siège sur les listes du FLN et probablement sur d’autres partis assurés de leurs quotas avant les élections législatives du mois de mai 2017. Il aurait donc été très compromettant de laisser penser que ces députés imposteurs participent au débat sur l’avenir du pays. Le Président de la république s’est donc limité à obtenir l’aval des parlementaires comme l’exige la loi, alors que la dissolution de l’APN surviendra, sans doute, au lendemain du référendum.

Paradoxes obligés

Il est vrai que l’opinion publique a relevé cette situation contradictoire entre la rupture avec l’ancien système et le recours aux députés qui l’incarnent pour valider un projet de Constitution  portant changement. Des observateurs avertis expliquent toutefois que les périodes de transition souffrent toujours de paradoxes de ce type où des serviteurs zélés d’un régime sont mobilisés pour le démonter et le faire disparaitre en même temps qu’ils se retirent de la scène politique et renoncent à toute prétention de pouvoir. Ce fut le cas du gouvernement Bédoui et de ministres dont certains ont même été poursuivis en justice. Parce qu’on ne peut imaginer un renouvellement total du personnel politique et administratif sans une nécessaire refonte du système qui en éliminera une grande partie et en reconvertira une autre selon les mœurs nouvelles plus démocratiques et loin des pratiques «abusives et despotiques», comme l’a signifié le premier ministre Abdelaziz Djerad.

Le «Hirak béni»

Quant à la carte politique nationale, ce sont les partis de l’ex-alliance présidentielle, le FLN et le RND qui doivent pâtir de cette rupture avec l’ancien système en plus des autres partis qui ont gravité autour de cette majorité complice de la mauvaise gouvernance. Abdelmadjid Tebboune l’a déclaré à plusieurs reprises, le détonateur est puisé dans les revendications du Hirak et il n’est pas question pour lui d’embrigader sa mission de président dans une obédience politique partisane. Ce dernier rendez-vous avec l’APN l’a prouvé, le divorce entre la Présidence et la clientèle politique de l’ère Bouteflika  est bel et bien consommé. Le débat sur le contenu de la Nouvelle Loi fondamentale va donc inviter les citoyens au débat sans le truchement des bouffons qui ont ruiné le pays. C’est au peuple débarrassé des appareils toxiques du système de décider de son avenir.

 Nordine Mzala

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