L’indignation des institutions internationales sonne faux

L’indignation des institutions internationales sonne faux

Pas de liberté sans souveraineté

Les différentes déclarations des institutions internationales au sujet de questions internes à l’Algérie suscitent des interrogations. Entre un prétendu soutien moral à plusieurs vitesses pour la cause des opprimés et une politique interventionniste pernicieuse et arrogante, que peut attendre le peuple algérien qui a dû faire face au terrorisme dans l’isolement le plus total ? L’affaire Drareni Khaled, notre confrère jugé et condamné lourdement par la justice, doit-elle devenir le prétexte à une ingérence éhontée alors que les Algériens savent très bien se défendre et s’exprimer pacifiquement leur mécontentement comme l’a démontré le «Hirak béni» en plus des différentes manifestations  régulières de soutien aux journalistes et détenus d’opinion.

Par Nordine Mzala

Sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, le  Comité onusien des droits de l’homme, présidé par  M. Rafael Rivas Posada, a vite fait d’oublier Mohamed Benchicou, emprisonné en 2004,  officiellement pour une vague affaire de bons de caisse…

Souvenirs amers

La décennie noire, ou plutôt ces vingt ans d’embargo sur l’Algérie résistant contre le terrorisme aveugle, ne sont  pas oubliés. La victoire a certes pansé les blessures mais les cicatrices sont encore là. On se souvient qu’une ONG aussi prestigieuse qu’Amnesty International voyait sa section algérienne exploser lorsqu’un courageux avocat, Maître Ouali, adhérent engagé pour les droits de l’homme et contre la dictature, se révoltait en assemblée générale pour dénoncer l’amalgame des rapports de l’ONG qui «voulaient disculper les égorgeurs, les assassins». On se souvient que quelques mois auparavant le président du pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité avait lancé un «il faut que » à l’adresse d’Alger qui interrompait un processus électoral de tous les dangers. Puis, cette longue lutte en solo d’un peuple face  à son destin tragique mais qui n’a pas abdiqué et a su vaincre la subversion meurtrière sans l’intervention de l’ONU ni celle de la Tempête du désert.

Notre linge

Aujourd’hui, alors que l’Algérie se transforme, forte de son mouvement populaire pour le changement, le Hirak pacifique qui a justement impressionné le monde entier, voilà que des institutions internationales viennent s’intéresser curieusement à la démocratie ou aux droits des uns et des autres alors qu’il est de notoriété publique que les Algériens préfèrent toujours laver leur linge sale en famille. Depuis l’indépendance et son lot d’arrestations, de libérations, de fermeture et d’ouverture du champ politique, de crises économiques et de crises politiques majeures, il a toujours fallu aux Algériens qu’ils se prennent en charge pour surmonter les épreuves. Ces derniers jours, le prétexte à une intrusion dans les affaires intérieures algériennes, la condamnation en appel de notre confrère Khaled Drareni par un tribunal de l’Algérie souveraine. Il n’est pas question ici de cautionner quelque décision que ce soit tant nous sommes convaincus que la place d’un journaliste n’est pas en prison mais les voies de recours judiciaires existent, le droit de manifester s’exerce au quotidien jusqu’aux palais de justice et le dialogue restera toujours possible entre Algériens. Pour une issue positive. Rappelons que le cafouillage qui a entaché la libération récemment des deux employés de la chaîne de tv France 24, a suscité une vague de mécontentement en faveur de la justice algérienne malgré les critiques qu’elle peut subir parfois comme toutes institutions judiciaires du monde.

Indignation sélective

Pas question de s’offusquer de la solidarité internationale non plus, l’Algérie étant ouverte sur le monde et active, à travers sa société civile notamment,  sur tous les fronts contre l’injustice. Mais, quid des déclarations de l’ONU au sujet des détenus Palestiniens, dont des enfants mineurs maltraités, des Sahraouis  martyrisés dans des geôles insalubres  ou des conditions de vie de milliers d’immigrants dans les centres de rétention à travers l’Europe, par exemple? Il y a une sorte d’indignation calculée et sélective qui discrédite forcément ces institutions internationales. Par ailleurs, les Algériens  découvrent chaque jour, au cours de procès qui demandent enfin des comptes aux intouchables du passé, l’ampleur de la complicité de certains pouvoirs étrangers donneurs de leçons, dans des crimes économiques ou des actes de répression voire des crimes de sang perpétrés en Algérie. Le blanchiment de l’argent sale dans les capitales de ces pays moralistes illustre aussi la duplicité des consciences vis-à-vis des droits des peuples. Khaled Drareni, lui-même, a dû arracher à Emmanuel Macron, le candidat français à la Présidentielle, la reconnaissance symbolique de la colonisation française en Algérie comme  crime contre l’humanité. Tant de preuves d’un manichéisme à géométrie variable chez les indignés d’outre mer. Non, ce n’est ni l’ONU, ni le Parlement européen qui libèreront notre confrère et tous les détenus qui méritent de retrouver leur foyers. Ce sont les défenseurs algériens et les juges d’Algérie, soutenus par le peuple algérien jaloux de sa liberté à l’intérieur des frontières et vis-à-vis des intervenants extérieurs à la sincérité discutable. Il n’y a pas de liberté sans souveraineté.

Nordine Mzala

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