« Miliana est un musée à ciel ouvert »

« Miliana est un musée à ciel ouvert »

Dr Lotfi Khouatmi Boukhatem, Président de l’Association des Amis de Miliana Art & Culture:

« Miliana, une ville millénaire, la seule ville précoloniale dans toute l’Algérie qui n’a pas de plaque de signalisation routière dans l’autoroute est-ouest», divulgue M. Khoatmi, président de l’Association des Amis de Miliana.

Crésus : M. Lotfi Khouatmi,  si vous voulez bien présenter à nos lecteurs un aperçu sur votre « Association des Amis de Miliana art et culture » que vous présidez.

Lotfi Khouatmi : Avant tout, je tiens à vous remercier de m’avoir donné l’occasion de présenter les différentes activités  de l’association des amis de Miliana Art  & Culture.

L’association des Amis de Miliana Art & Culture est une association communale à but non lucratif et à vocation culturelle, créé par des passionnés du patrimoine le 21 mars 2017. Les objectifs de l’association sont :     

1-La sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel de la ville de Miliana

2-Organisations des rencontres littéraires.

3-Faire connaître les monuments historiques, culturels et naturels de Miliana.

4-Organisation des hommages à des personnalités natives de Miliana qui ont marqué l’histoire de l’Algérie.

5-Le développement d’un tourisme culturel durable.

6-Le développement du tourisme religieux via des visites guidées dans les mausolées de la ville de Miliana.

Crésus : Comment est venue l’idée pour la création de cette association et dans quel but ?

C’est ma sœur,  architecte de formation,  qui m’a motivé pour créer  une association qui défend le patrimoine de la ville, C’est notre cher père que Dieu ait son âme, qui  nous a transmis l’amour de la ville et la sauvegarde du patrimoine. Mais c’était surtout  après avoir réparé l’horloge de la ville   avec un groupe de passionnés. Le  projet  de la remise en marche de l’horloge de la ville  a duré 3 mois, d’octobre  jusqu’à décembre 2015. Le jeudi 27 décembre 2015, les milianais entendirent le carillon de l’horloge après un silence de plus de 25 ans. C’est mon ami le Dr Toufik Brazzi  qui l’a réparée, nous avons travaillé avec l’association française  horlogerie comtoise  qui se trouve dans le jura, ils  nous ont transmis le manuel d’entretien et son identification.

Crésus : Quels sont les différents sujets et activités développés par l’Association ?

Nous avons organisé une quarantaine de rencontres littéraires, différents  thèmes ont été élaborés, la culture, histoire, économie, littérature, musique, théâtre, etc. Nous avons commémoré la grande bataille de Miliana du 8 juin 1840   à sidi Boulefred , In situ. Nous avons organisé 4 éditions de la fête de la ville de Miliana. Il s’agit d’un hommage rendu à des personnalités  natives de Miliana qui ont marqué l’histoire de l’Algérie, parmi eux : le médecin de la wilaya 4 historique le professeur Ysmail Dahlouk, hadj Ahmed Benblidia inspecteur d’académie d’Alger en 1962, Le grand moudjahid du  Maghreb, M. Nadir Bouzar et M. Abdelkader Belhadj ancien élève de l’école des mines de Miliana et président du club de basket de Miliana, joueurs international de l’équipe de basket -Ball  et de hand -Ball. Nous avons aussi organisé la fête du Mawlid Enabaoui Echarif au palais de la culture d’Alger en 2018. Nous avons formé des guides touristiques pour faire connaitre les différents sites touristiques de Miliana. Organisé 3 éditions du grand tour pédestre de Miliana en hommage aux 23  victimes de l’incendie du 31 octobre 1968.

Crésus : Que pensez-vous du projet élaboré par le ministère de la culture de promouvoir la ville de Miliana sur la liste des secteurs sauvegardés en Algérie ? Et de ce fait elle deviendra ville patrimoniale nationale.

Miliana était un musée à ciel ouvert durant plusieurs siècles. Les pierres parlent  à ceux qui savent les  entendre, dixit Anatole France. Le projet du classement de la ville est  le résultat d’un travaille effectué en  1991, Miliana, une ville millénaire, la seule ville précoloniale dans toute la wilaya qui n’a pas de plaque de signalisation routière dans l’autoroute est-ouest. Sinon pour mon avis, c’est une bonne chose pour arrêter  la destruction des vieilles maisons, mais d’après ce qu’on a vu à la casbah d’Alger, Mazouna, Mostaganem, etc., des villes classées, malheureusement abandonnées  à leur triste sort ! il n y a pas une véritable volonté de sauvegarde des anciennes villes, et pourtant l’histoire de notre pays est écrite dans les anciennes cités. La France coloniale a détruit la majorité des sites historiques des anciennes villes, elle a sauvegardé  tout ce qui est romain. Depuis plusieurs années on a essayé d’alerter l’administration sur l’état du caravansérail du mausolée de sidi Ahmed Benyoucef, la muraille de la ville, les anciennes maisons, etc. Avec des amis archéologues, nous avons trouvé l’entrée  officiel  du  premier caravansérail  construit en 1794 par le bey Mohamed el Kebir le libérateur d’Oran, on l’appelle el kouri à Miliana, le propriétaire l’a mis en vente, malheureusement les autorités locales ne connaissent pas la valeur historie de ce caravansérail. Si on veut sauvegarder ce qui reste de notre patrimoine, il faut que l’état  utilise le droit de préemption pour les anciennes maisons.

Crésus : Quel sentiment ressentez-vous, en tant que président de l’Association des Amis de Miliana (ville millénaire), au regard de ce qu’est devenue la ville de Sidi Ahmed Ben Youcef ?

C’est un mélange de colère et de frustration, malheureusement, Miliana  a beaucoup changé, c’était un musée à ciel ouvert, une ville d’art et de culture, elle  est victime de son histoire, de sa culture citadine, elle a connu  sa période faste durant la période Zianide et  la période coloniale.

Crésus : L’Association a-t-elle des projets en perspective concernant l’amélioration de la situation culturelle ou patrimoniale de la ville ?

Nous avons beaucoup de projet pour Miliana. Sur le plan culturel, nous préparons le grand salon du livre de Miliana, un autre salon de la gastronomie traditionnelle de Miliana, la valorisation du Rakb  de Sid Ahmed Benyoucef, le cinéma en plein air pour les familles, le retour du cinéclub, etc. Je tiens à vous informer que nous travaillons son aucune aide financière.

Crésus : Avez-vous eu des difficultés à organiser des activités culturelles durant le confinement ?

Malheureusement nous avons arrêté  nos activités à cause  de la crise sanitaire que vit notre pays, sinon  on trouve beaucoup de difficultés dans l’organisation des rencontres littéraires. Pour inviter un écrivain, il faut attendre la réponse de la police, le chef de Daira et dans certain cas, le wali. Nous avons proposé à l’administration le système déclaratif, malheureusement on a eu un refus de leur part.

Crésus : Je vous laisse conclure cet entretien, tout en vous remerciant pour votre disponibilité et courtoisie.

Notre grand souhait  est  qu’un jour notre belle ville  Miliana retrouve sa  véritable place dans le paysage culturel de  l’Algérie, une ville d’art et de culture, nous invitons les intellectuels à mettre leurs compétences au service de la cité et du mouvement associatif.

La caravane une ville une histoire de notre association a fait un long chemin depuis sa création, elle a visité 13 villes de l’ouest algérien, parcouru plus de 5500 km, elle prendra la route de l’est l’automne prochain, nous espérons unir toutes les associations qui militent  dans la sauvegarde des ancienne villes en Algérie. Souhaitons  qu’un jour on aura une législation sur la protection du patrimoine historique et esthétique de l’Algérie, comme celle de Malraux en France.

Qui aime sa ville, aime son pays !!

Entretien réalisé par Rachid Ezziane

Dr Lotfi Khouatmi Boukhatem, Président de l’Association des Amis de Miliana Art & Culture, Président de la caravane, une ville, une histoire. 

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