Mission spéciale pour Boukadoum au Mali

Mission spéciale pour Boukadoum au Mali

Réanimer l’accord d’Alger

Le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a été dépêché hier à Bamako par le président de la République. Deuxième déplacement en quelques semaines vers la capitale malienne, depuis le renversement d’Ibrahim Boubakar Keita, cette mission diplomatique renseigne sur l’intérêt que porte l’Algérie à la situation dans ce pays voisin dont le grand nord est soumis à une activité terroriste jusqu’aux frontières algériennes

Il y a quelques jours, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum , expliquait que «le maintien de la paix et la sécurité au Mali, en Libye et dans tous les pays voisins, relevait de l’intérêt stratégique.» Et pour cause, la vigilance continue et intensive de nos forces de sécurité à nos frontières terrestres et les bilans réguliers des actes de subversion déjoués renseignent sur l’impact de l’instabilité chez nos voisins. Pays limitrophes  où des armes de guerre et d’autres produits illicites circulent en abondance menaçant la sécurité des populations de la région.

Discussions élargies

Arrivé dimanche à Bamako, le chef de la diplomatie algérienne pour prendre langue avec diverses parties au sujet de la crise politique qui prévaut au Mali depuis le putsch du 18 août dernier quand un groupe de militaires a procédé à l’arrestation du Président Ibrahim Boubakar Keita qui faisait face à une fronde populaire qui risquait de faire basculer le Mali dans un cycle infernal de manifestations-répression, comme cela s’est passé au début du mois de juillet en causant la mort de plusieurs manifestants. Sabri Boukadoum doit donc rencontrer différents interlocuteurs dont les représentants de la junte actuellement au pouvoir, des émissaires de la CEDEAO, la communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest et  d’autres parties afin de discuter de l’appui à apporter au peuple malien pour sortir de cette phase critique de crise du pouvoir.

Transition courte

L’Algérie partageant le souhait avec la CEDEAO d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel et une transition la plus courte possible selon le credo de l’UA et la Déclaration d’Alger qui s’opposent à toute prise de pouvoir autre que celle démocratique qui s’obtient par les urnes. «Le changement opéré au Mali est non-constitutionnel et contraire aux principes de l’Union africaine (UA) et la Déclaration d’Alger qui bannit les changements non-constitutionnels. Nous ne souhaitons pas que le peuple malien souffre davantage. C’est trop pour lui.» a déclaré la semaine dernière Boukadoum en guise de message clair à l’adresse des putschistes qui tergiversent sur la remise des clefs de Koulouba, la présidence malienne, à des personnalités civiles. Dans cet esprit, l’émissaire du président Abdelmadjid Tebboune a rajouté qu’Alger suggère «une transition la plus courte possible.»

L’Accord d’Alger

Ce voyage au Mali n’est donc pas une simple marque de soutien à l’endroit de l’Etat malien mais un engagement sérieux et déterminé d’accompagner Bamako dans le rétablissement de l’ordre constitutionnel et le retour à la stabilité. Alger ayant constaté que certains ont voulu profiter de cette crise de gouvernance pour court-circuiter la mise en œuvre de l’extraordinaire feuille de route issue de la médiation internationale conduite par l’Algérie depuis la crise  séparatiste qui a menacé l’unité du Mali en 2012. « L’Accord de paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger demeure la meilleure voie pour régler les problèmes notamment au Nord du pays. Ce n’est pas caduc avec la nouvelle conjoncture. Les Maliens eux-mêmes, les parties faisant partie de la médiation, Américains, Européens, Union africaine, CEDEAO, en plus de l’Algérie en tant que chef de file, le disent aussi.» Il est vrai que les officiers qui ont fomenté le coup d’Etat contre IBK ont, eux aussi, signifié leur attachement au processus d’Alger. L’Algérie a donc décidé de reprendre son rôle franchement contrarié par des manœuvres maliennes à l’époque d’IBK, au sein du CSA notamment, le comité de suivi de l’accord, présidé par l’actuel ambassadeur d’Algérie à Rome, Ahmed Boutache qui a tout fait pour aplanir les différents entre les acteurs maliens de la crise en apaisant les inquiétudes des groupes rebelles rivaux. Les questions territoriales, culturelles, économiques et politiques inscrites dans l’accord d’Alger peuvent ramener la paix durable au pays de Modibo Keita. Et dissuader les mercenaires  qui veulent à tout prix occuper le Sahel…         

Nordine Mzala

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