Par-delà le large mouvement en cours dans l’encadrement local

Par-delà le large mouvement en cours dans l’encadrement local

L’exécutif sans coach politique

Le vaste mouvement qui vient de toucher les magistrats et procureurs généraux à l’échelle nationale, dans le sillage du remplacement des chefs de sûretés de plusieurs wilayas ou encore au commandement de la Gendarmerie nationale, renseigne sur la volonté du Président de la république de rafraîchir les rangs au niveau des postes stratégiques du pouvoir judiciaire et chez ses auxiliaires. Or, s’il faut encore attendre pour renouveler l’APN afin de booster l’appareil législatif, Abdelmadjid Tebboune a toute la latitude de secouer l’exécutif en procédant de nouveau à un remaniement partiel ou de solliciter un nouveau chef du gouvernement.

A la veille de la rentrée sociale qui s’annonce particulièrement difficile, il n’est pas sûr que dans cette conjoncture de crise, persistante à tous les niveaux, le Président puisse encore patienter pour que l’on enregistre les résultats d’un gouvernement technocratique qui peine à relancer l’économie nationale.

En décalage

Personne ne pourra jeter la pierre à Abdelaziz Djerad dans ce contexte de crise internationale sévère et ces pressions quotidiennes exercées par les conséquences de la pandémie. Pourtant, le constat n’est pas pour rassurer à la veille de la rentrée sociale. Ni la gestion locale de plus en plus lacunaire ni les grands chantiers non encore lancés tels le renforcement du secteur de l’agriculture au moment où les fellahs cèdent leur pomme de terre à perte de même que dans d’autres filières telles le raisin de table en mal de consommateurs. Comme un curieux décalage entre les annonces présidentielles et l’exécution sur le terrain. Même l’opération importante de soutien aux plus démunis, en ces temps de récession aggravée par la Covid 19, n’a pas atteint son objectif. Si bien que les Algériens les plus optimistes peuvent penser à une incompatibilité entre le temps présidentiel qui s’exprime régulièrement pour imprimer la cadence du changement et le temps gouvernemental qui réagit laborieusement à la demande.

Léthargie

Un gouvernement inégal presque disharmonieux, dont la plupart des ministres ont visiblement montré leurs limites et le déficit d’initiatives qui pourraient concrétiser les orientations du premier magistrat du pays. Pendant que d’autres s’ingénient à préparer la réforme de fond urgente. Qu’a-t-on fait au commerce depuis le début de l’année? Qu’a-t-on fait au niveau de l’Education nationale ou de l’Enseignement supérieur pour répondre à la perte sèche pédagogique depuis l’arrêt des cours à part en reporter les examens? Qu’a-t-on lancé au niveau de l’Industrie hormis ces ouvertures plus que hasardeuses pour le montage dans le segment de l’automobile? Il en est de même pour les Travaux publics où tous les projets sont au ralenti ou à l’arrêt, le transport quasi paralysé, l’Energie en attente d’un rebond du baril dont le prix est reparti à la hausse sans atteindre la base « d’un prix référentiel à 50 dollars et un prix de marché à 60 dollars à la vente » tels qu’envisagés par la Loi des Finances 2020.

Quelques exceptions

Dans ce paysage gouvernemental morose, seuls les ministres de la Santé en permanence sur le front de la lutte contre le virus, le ministre de l’Habitat dont nombre de projets ont été réactivés jusqu’à permettre la livraison de logements dans cette période difficile, le ministre du nouveau département des Mines qui s’affaire à relancer le secteur ou le ministre de la Justice gérant une institution à l’avant-garde par ces grands procès contre la corruption – en plus de la difficile gestion des prévenus du Hirak- semblent vouloir suivre le rythme du discours et des décisions du Président. Sans oublier le jeune ministre délégué chargé de la promotion des Start-Up dont le programme est déjà bien défini et la mise en œuvre déjà entamée. La crise sanitaire ne pourra pas justifier éternellement la léthargie des autres départements ministériels en réponse aux Algériens qui réclament depuis plus de 18 mois l’avènement d’une Algérie Nouvelle dont la prospérité et l’égalité sociale doivent correspondre au niveau du potentiel national.

Un coach plus politique

Or, quand un gouvernement ne respecte pas la partition écrite à partir des orientations du Président, en général c’est le chef du gouvernement qui endosse la responsabilité. Abdelaziz Djerad a eu l’opportunité de booster son équipe le 23 juin dernier, en remplaçant et en redéployant des ministres, sans pour autant avoir réussi à faire bouger les lignes. Période courte pour juger mais lorsqu’on s’apprête à répondre à l’énorme demande sociale d’une double-rentrée post-Corona, le Président pourrait ne plus disposer de temps à accorder à la primature. Abdelmadjid Tebboune a-t-il une nouvelle carte à jouer, un remplaçant dans le vestiaire capable de prendre des décisions plus efficientes qui interdiront tout sabotage ou tergiversation au niveau local? Ou va-t-on d’abord terminer le renouvellement de l’encadrement institutionnel en nommant de nouveaux walis et autres administrateurs dont se plaint indirectement le chef actuel du gouvernement? En ces temps de semi-échec technocratique, gageons que l’option d’une personnalité politique plus marquée pourrait être retenue pour coacher l’Algérie Nouvelle.

Nordine Mzala

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