Plan de relance pour une nouvelle économie

Plan de relance pour une nouvelle économie

Tebboune donne le la 

Abdelmadjid Tebboune a exprimé hier sa volonté de réduire d’au moins 80% la dépendance aux hydrocarbures d’ici l’an 2021 tout en suggérant une batterie de mesures pour relancer l’économie. 

Amine Ghouta 

Abdelmadjid Tebboune a peint un tableau peu reluisant sur la situation économique du pays mais s’est aussi dit très optimiste sur l’avenir. Tellement optimiste d’ailleurs qu’il prévoit une augmentation des exportations hors hydrocarbures à 5 milliards de dollars d’ici fin 2021 contre les 2 milliards de dollars actuels. «A partir des deux prochaines années, la dépendance aux hydrocarbures devra être réduite d’au moins 80%» affirme très confiant le président dans son discours à l’ouverture, hier, des travaux de la Conférence nationale sur le plan de relance pour une nouvelle économie. Le chef de l’Etat a commencé par rappeler que la situation financière du pays est difficile mais pas insurmontable. Avec 57 milliards de dollars de réserves de changes «on n’étouffe pas. Nous avons encore les moyens de nos paiements extérieurs et de l’investissement» a précisé le chef de l’Etat non sans insister sur le fait que l’heure n’est plus à l’importation «il est temps d’investir. Nous devons créer de la richesse, des emplois et en finir avec notre dépendance aux hydrocarbures». Mais pour se faire, il faut «juste de la volonté. Car l’Etat a les moyens de sa politique. Pour cette année, nous pouvons mettre 1 900 milliards DA et entre 10 à 12 Milliards de dollars pour lancer des projets».  Tebboune a assuré que l’état est disposé à accompagner toute personne voulant créer de la valeur ajoutée en assurant que la dépendance quasi totale de l’économie nationale à la rente pétrolière «est fatale pour l’intelligence et l’esprit d’initiative». 

Tebboune prêt à ouvrir le ciel, la mer et les banques au privé 

Affichant une totale confiance dans le génie algérien, le président a rappelé que les universités formées annuellement plus de 250 000 jeunes qui ont la capacité de changer le visage de l’économie nationale et de le diriger vers l’orientation principale, décidée par l’Etat qui est la création des PME, PMI, des micro-entreprises et des start-up. Et à ce propos, le président explique la nouvelle vision où il est attendu la création d’un réel et large tissus d’entreprises qui assurent la production avec des intrants locaux et un taux d’intégration d’au moins 50 à 60% dès le lancement. Des sociétés qui génèrent de l’emploi et qui non seulement alimentent le marché local mais visent aussi l’exportation. Pour étayer son projet de la nouvelle économie, Tebboune dira qu’actuellement l’Algérie n’a pas d’industrie «nous ne faisons que dans le CKD-SKD, le gonflage des pneus ou le montage de l’électroménager. Depuis les années 80, nous n’avons pas réussi à fabriquer un seul compresseur pour nos réfrigérateur. Nous importons des jus de l’étranger alors que nous avons une production excédentaire de fruits! Sommes-nous incapable de transformer nos agrumes en jus ?». C’est tout cela qui doit changer. Le président appelle à développer l’industrie de transformation, à étendre celle de la sous-traitance et à diversifier les projets pour brasser large les besoins locaux. Il va même jusqu’à annoncer qu’il n’y avait «aucune objection» à la création de banques privées et de compagnies de transport aérien et maritime de marchandises et de voyageurs. «Je ne vois aucune objection, aujourd’hui, à ce que des investisseurs privés créent des compagnies de transport aérien et maritime de marchandises et de voyageurs ainsi que des banques», a soutenu le Président Tebboune appelant les investisseurs et les entreprises économiques à œuvrer à la réduction de la facture d’importation des services qui, a-t-il rappelé,  atteint annuellement les 12,5 milliards dollars dont 3,4 milliards USD pour les frais du transport maritime de marchandises. Pour Abdelmadjid Tebboune «il est primordial de trouver une solution à cette situation en vue de réduire les transferts en devises». Concernant le secteur bancaire, le Président de la République s’est interrogé: «qu’est ce qui empêcherai la création de banques privées?». Mieux «pourquoi pas en partenariat avec des banques publiques?». Annonçant une réforme globale du système bancaire algérien, qu’il a qualifié de «simple guichets publics», Tebboune affirme qu’à côté des banques, il faut revoir également le code du commerce, la fiscalité et instruire la diplomatie afin qu’elle soit plus offensive pour participer à promouvoir l’économie nationale. Il s’agit là de mettre en place les conditions idoines afin de faciliter l’investissement des opérateurs économiques et l’exportation du  produit algérien. d’autres mesures ont également été annoncées par le chef de l’Etat dont à titre d’exemple la création de couloirs verts dédiés à certains produits, la cession d’une bonne partie de recettes en devises au profit des exportateurs et l’amélioration de la relation avec le ministère des Finances. 

L’acte de gestion dépénalisé 

Mais la plus importante décision est sûrement l’annonce d’une dépénalisation des actes de gestion qui va, à ne pas en douter, libérer les décisions et booster les initiatives, brimées jusque là par la peur de se retrouver derrières les barreaux. «Les exportateurs ont besoin d’être encouragés et non combattus», a soutenu M. Tebboune en allusion aux entraves auxquelles étaient confrontés, dans le passé, des exportateurs. Enfin le chef de l’Etat annoncera à la fin de son intervention sa décision à la justice pour ne plus tenir compte des lettres anonymes de dénonciation. «Ces lettres n’ont qu’une seule direction, le broyeur » a-t-il indiqué appelant les personnes détenant des informations sur des infractions à la loi à avoir le «courage» de les dénoncer publiquement. Ces derniers peuvent s’adresser à la presse, relevant qu’il existe 180 quotidiens nationaux, tout en soulignant que la justice a les moyens d’enquêter sur ces infractions. Rappelons enfin que la Conférence nationale sur le plan de relance pour une économie nouvelle, dont les travaux s’étaleront sur deux jours, se déroulent en présence de 

membres du gouvernement, à leur tête le Premier ministre, Abdelaziz Djerrad, ainsi que des opérateurs économiques publics et privés, représentants des institutions, syndicats et associations, ainsi que des experts de la sphère socio-économique. Onze ateliers se tiendront dans le cadre de cette conférence pour débattre du développement agricole, le développement industriel, le développement minier, le développement des ressources énergétiques, le financement du développement, comment faciliter l’investissement, les micro-entreprises et start-ups, le développement des secteurs de soutien, la maîtrise du commerce extérieur, l’industrie pharmaceutique et la filière BTPH. Sept organisations patronales participant à la conférence ont élaboré un document commun regroupant des propositions devant être présentées à la rencontre pour enrichir le nouveau plan de relance. 

A.G.

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