Rapprochement entre l’Algérie et le Maroc

Rapprochement entre l’Algérie et le Maroc

Une urgence géopolitique face à un ennemi commun

Amar Belhimer, ministre de la Communication est intervenu en tant que Porte-parole du gouvernement, il y a quelques jours, pour rappeler que l’Algérie et le Maroc sont des pays «voisins et frères» et que l’Algérie est favorable à toute initiative visant l’édification et la réunification.

Par Nordine Mzala

Une déclaration en réponse aux signaux du souverain marocain Mohamed VI appelant à régler les différends. Dans un contexte où une menace néo impérialiste ne cache plus son arrogante entreprise,  la réconciliation entre les deux pays, après tant d’années de crise, devient une urgence impérieuse.

Ces propos ont été recueillis par l’agence presse russe alors que l’annonce du cessez-le feu en Libye promet, selon Belhimer, un retour de Tripoli sur la scène internationale et par conséquent au niveau de l’UMA.

L’unité des peuples

Ainsi le porte-parole du gouvernement a tenu à rappeler que «le Maroc est un pays voisin et frère avec lequel l’Algérie a des relations historiques et civilisationnelles profondes et que les deux pays avaient pour  objectif commun l’édification d’un édifice maghrébin uni.» La formule, jusque-là conserve des accents diplomatiques habituels, cependant renforcés par une précision sur les orientations actuelles des deux Etats à travers leurs dirigeants qui auraient «la volonté politique » d’apaiser les relations «outre la communauté du destin à la lumière des défis de l’heure, notamment les implications de la crise sanitaire que traverse le monde.» Or, cette approche réconciliatrice qui associe la crise libyenne à la pandémie comme périls communs aux deux pays, Maroc et Algérie, pourrait renvoyer tacitement à une autre menace géopolitique que le théâtre de guerre libyen a révélée. Celle des visées néo impérialistes.

L’ennemi commun

C’est en tous les cas ce que signifie cet énoncé curieux évoquant des manœuvres qui viseraient à attiser le feu entre les Algériens et les Marocains : «L’Algérie ne fait aucunement cas des tentatives visant à troubler le climat de fraternité entre les deux peuples car le but suprême pour elle est la mobilisation des volontés et des capacités pour l’édification d’une union maghrébine forte à même de nous permettre de protéger nos intérêts et de défendre notre unité». Le ministre Amar Belhimer fait donc allusion à une partie tierce à qui profiterait cette mésentente entre Rabat et Alger. Voilà donc une appréhension nouvelle qui augure de nouvelles relations contre un ennemi commun alors que le Makhzen n’ignore rien du succès des tractations efficaces menées par l’Algérie en faveur de la défense de l’unité libyenne. Un succès discret d’Alger qui a sûrement convaincu les frères de l’Ouest de la vocation algérienne face au néo impérialisme.

Malaise marocain

C’est qu’il n’y a pas que le virus COVID 19 qui inquiète la monarchie marocaine en ces temps de crise mondiale. Le Royaume est confronté à une récession économique, aggravée par la conjoncture affectant le secteur du tourisme  à laquelle se greffe une impasse diplomatique  pour sa politique extérieure souvent décriée chez ses sujets. Il y a une semaine, le premier ministre marocain, Saad-Eddine El Othmani, démentait toute intention de normaliser les relations avec l’Etat hébreu. Il s’adressait aux membres de son parti, le PJD (parti islamiste de la justice et du développement), en expliquant que «cela encouragerait l’entité sioniste à aller plus loin dans la violations des droits du peuple Palestinien». Sur un autre plan, les Marocains ne cachent pas l’énorme perte économique  engendrée par la fermeture de la frontière terrestre entre l’Algérie et leur pays depuis plus de deux décennies. Par ailleurs, le partenariat et la forte présence d’entreprises étrangères qui ont investi au Maroc ont montré les limites de la générosité occidentale ou moyen-orientale, tandis que le niveau de vie des sujets moyens n’a guère été rehaussé malgré des indicateurs macroéconomiques parfois prétentieux. Enfin, les petites provocations espagnoles régulières au sujet des eaux territoriales ou des enclaves coloniales, rappellent quotidiennement au royaume chérifien les dangers d’un retour franc des intervenants étrangers sur la terre nord-africaine.

Le droit des Sahraouis

Autant de raisons de craindre, au même titre que l’Algérie, ces projets à peine voilés de mise sous-tutelle, de «foyers de crise» de la sous-région dans le cadre d’un projet dit du GMO. Une ambition néocoloniale d’un bloc de pays dominants considérant que les richesses africaines n’ont pas encore assez profité à leurs économies et que les prétextes de l’instabilité ou de l’activité terroriste pouvaient suffire à revenir…Face à cette menace qui n’épargnera ni le Maroc ni l’Algérie, le contentieux du Sahara Occidental prend une autre dimension, Rabah sachant pertinemment qu’Alger n’est pas son adversaire dans ce dossier mais défend justement le sacro-saint principe anticolonialiste. Il reste donc au Makhzen à reprendre des pourparlers sereins avec la partie sahraouie pour une solution politique honnête, sous le contrôle des instances onusiennes. L’union du Maghreb et la stabilité de l’Afrique du Nord n’en seront que plus solides pour contrer les agendas dangereux de conquérants aux dents longues.

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