Tebboune lors de sa rencontre avec la presse

Tebboune lors de sa rencontre avec la presse

«Je suis cartésien»

Le président de la république Abdelamadjid Tebboune a repris dimanche soir ses rencontres régulières avec la presse nationale. Un rendez-vous qu’il a voulu «sans tabou» et durant lequel il a abordé différents dossiers de l’actualité nationale et internationale en se prononçant clairement sur certaines questions sujettes à polémique.

On retiendra de cet entretien son choix pour un changement progressif et logique, le président se qualifiant de «cartésien», entendre ici une volonté de préférer s’en tenir au concret.

L’épreuve économique

Alternant les questions sur des thématiques de politique intérieure et les relations internationales, les deux journalistes ont permis au président d’annoncer de grands rendez-vous tels la révision de l’accord d’association avec l’Union Européenne en vigueur depuis le mois de septembre 2005 avec une négociation sur l’échéance du démantèlement tarifaire. «Nous allons revoir le calendrier du démantèlement tarifaire et l’UE est d’accord concernant cette révision à laquelle s’attellent les économistes», rajoutant «Nous sommes en principe partenaires de l’UE mais pas au détriment de notre économie.» Répondant à propos de la diminution décidée quant aux transferts sociaux, le président a déclaré que la facture devait diminuer sans priver les plus démunis du soutien de l’Etat. Par ailleurs, toujours dans ce volet économique, le premier magistrat a expliqué que la dévaluation du dinar était un phénomène normal et qu’il avait instruit les financiers algériens de mettre en place des solutions pour amortir les conséquences de cette dévaluation.

Lobbies extérieurs

Sur le plan de la politique extérieure, Tebboune a choisi le ton de la fermeté. Très critique vis-à-vis des ONG qui utilisent des subterfuges «pour déstabiliser l’Algérie», le premier magistrat du pays citera RSF, Reporter sans Frontières parmi ces lobbies malintentionnés. Précisant que l’affaire de Khaled Drareni, dont le procès a fait l’objet de réactions internationales, «n’avait rien à voir avec le journalisme», Abdelmadjid Tebboune réaffirme que la presse est libre en Algérie et qu’il n’existe aucune restriction à son exercice mais que «la liberté ce n’est pas d’insulter impunément untel ou untel» et que des lois de la république existent pour sanctionner les dérapages. Puis, revenant sur les crises en Libye et au Mali, le président a rappelé la disponibilité de l’Algérie à participer à la solution et son droit naturel à y être associée en tant que voisin direct. Notant au passage à  propos de la situation au Mali : «La CEDEAO ne nous a pas consultés, nous ne consulterons pas la CEDEAO quant à notre action en faveur du pays frère.» Déclaration qui prend tout son sens avec cette autre réaffirmation solennelle au sujet de la «cause palestinienne sacrée pour le peuple algérien», rejetant toute idée d’emboîter le pas aux pays arabes normalisant leurs relations avec l’Etat sioniste. «Un tapage médiatique » selon Abdelmadjid Tebboune qui a annoncé qu’il réitérera la position algérienne lors de l’AG de l’ONU, en faveur d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 avec capitale El Qods.

Progressif mais sûr

Sur le plan interne, le président a appelé les Algériens à participer massivement au référendum le premier novembre prochain. «La nouvelle Constitution accorde des prérogatives à l’élu choisi par le peuple (…) si le peuple veut le changement, il est temps de l’opérer pour ne pas rester dans l’ambiguïté qui a prévalu auparavant.» Il a aussi balayé d’un revers toutes remises en questions des constantes telles «L’islam comme religion de l’Etat» en rappelant que «Tamazight n’est pas une dimension régionale mais bien nationale». Revenant sur la pandémie et le programme de reprise des différentes activités notamment la rentrée scolaire, Tebboune a encore une fois expliqué que la décision n’était pas politique et qu’elle appartenait au comité scientifique, plaçant en tant que premier responsable du pays, la santé des élèves et des citoyens au-dessus de toutes considérations avant de décider d’une date pour la rentrée scolaire ou de l’ouverture des frontières alors que les pays avec lesquels l’Algérie échange de très importants flux de voyageurs sont en alerte de reconfinement. Cet entretien ayant abordé différents sujets jusqu’à la nouvelle loi électorale en cours de préparation aura permis à Abdelmadjid Tebboune de faire part de sa démarche «cartésienne», se refusant d’ouvrir trop de chantier à la fois et préférant traiter les priorités pour garantir les chances d’un changement réel et irrémédiable. «Si nous révisons une loi sur un cahier des charges dans l’automobile, ce n’est pas pour le revoir à chaque fois en faveur d’une partie ou d’une autre. Il faut qu’il demeure valide dans les dix ans à venir…».  Changement progressif mais durable semble donc être la devise du président. Nordine Mzala

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