Télés persanes

La chaîne de télévision française M6 ne pourra plus opérer en Algérie suite à la diffusion dimanche dernier d’un reportage «portant un regard biaisé sur le hirak» pour reprendre l’expression du ministère algérien de la communication. Il est aussi reproché à ce canal étranger le faux et usage de faux de la part de l’équipe de tournage qui a utilisé «une fausse autorisation de tournage» pour laquelle des poursuites judiciaires vont être engagées contre les auteurs de la forfaiture. Les autorités ont aussi annoncé que les protagonistes filmés, en tant que citoyens représentatifs du hirak, ont aussi décidé de porter plainte contre le média français, estimant qu’ils ont été abusés par une utilisation tronquée et trompeuse de leurs témoignages. C’est la deuxième fois, en quelques mois, qu’un documentaire sur la protesta pacifique algérienne a déçu les Algériens qui l’ont visionné et trahi ceux qui y ont participé. Au mois de mai dernier, c’était France 5 qui diffusait une série de clichés et de raccourcis livrés par Mustapha Kessous et soulevant une vague d’indignation sur les réseaux sociaux qui ont déploré cette coupable caricature réductrice d’un mouvement qui a revendiqué et annoncé une Nouvelle Algérie. Les Algériens qui s’expriment dans ce film-documentaire intitulé «Algérie, mon amour» avaient, eux aussi, dénoncé une exploitation partielle et orientée de leurs interventions devant la caméra. Bizarre! On voudrait bien croire à un ratage objectif de professionnels méconnaissant l’Algérie mais comment expliquer ce montage d’images sélectif privant les personnages mis en scène du droit à retrouver la cohérence de leur message ? Comment accepter l’obsessionnel angle d’attaque superficiel, voulant coller un calque simpliste et désuet pour fabriquer une image de la société algérienne tiraillée entre l’islamisme radical et l’émancipation à l’occidentale, sans nuance ni profondeur? Ainsi, la bloggeuse Noor nie avoir fait part d’une autorisation de son «mari-tuteur» pour témoigner, cette question n’ayant visiblement pas été abordée. Le reportage de l’émission Enquête exclusive, animée par Bernard de la Villardière, «l’Algérie de toutes les révoltes», a donc présenté «des images de toutes les manips» ont commenté de très nombreux internautes. Trois siècles après Les lettres Persanes ironisant sur la société française vue de l’extérieur, ces chaînes de télévision française n’ont toujours pas intégré la lucidité de Montesquieu. Celle que le dicton algérien résume en rappelant que le « dromadaire voit souvent la bosse de son frère mais jamais la sienne.

Nordine Mzala

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