Une nouvelle aventure

Le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer, vient d’interpeller les professionnels de la presse en les invitant à réfléchir «aux voies et moyens de pallier certaines pratiques anti-professionnelles entachant l’exercice du métier de journaliste dans notre pays». Basée sur un constat négatif, relevant des anomalies qu’on ne peut plus tolérer, la démarche du ministre a le mérite de préférer à la prise unilatérale de décisions, une concertation «collective et constructive» pour améliorer le cadre de travail des journalistes qui partagent certainement cet avis en faveur d’une refonte des règles et d’une charte contenant les fondements éthiques de la profession. Amar Belhimer, s’appuyant sur l’expérience de pays «à tradition démocratiques établies» défend implicitement que remettre de l’ordre dans la maison ne relève pas d’une volonté de régenter le métier mais, au contraire, de revenir à une ambition qui a marqué l’avènement de la presse privée, appelée aussi indépendante, au lendemain d’octobre 1988. Le ministre  rappelle ainsi  « qu’une charte d’éthique et de déontologie des journalistes algériens avait vu le jour afin de fixer les devoirs et les droits de la corporation, sur lesquels veillait un Conseil supérieur composé de professionnels du secteur, élus par leurs pairs.» Il y a forcément une part de nostalgie à se remémorer cette page épique du journalisme algérien écrite par nos grands frères, dont certains ont été rappelés à Dieu, assassinés durant la décennie noire ou décédés de mort naturelle. Mais l’évocation de cette aventure intellectuelle, comme l’on a désigné le mouvement imprimé par la fameuse « circulaire Hamrouche » , met surtout en exergue la régression dramatique de la profession. Patrons de presse désintéressés par la substantifique mission d’informer, compromissions politiciennes, rôle perverti de l’ANEP en tant que financier public, formation insuffisante des journalistes, truchement de la presse numérique sans cadre juridique, déficit de la communication institutionnelle…Les causes sont trop nombreuses pour expliquer cette faillite qui a porte préjudice, d’abord et avant tout, aux professionnels intègres et aux publications sérieuses. Aussi, la déclaration du premier responsable de la communication vient-elle à point nommé pour peu qu’elle déclenche urgemment le débat qui orientera la profession vers un encadrement juridique et moral à la hauteur des justes et belles aspirations de nos aînés. A condition que le soutien de l’Etat accompagne le journalisme selon le seul mérite qu’il puisse s’assigner comme feuille de route, celui d’informer sans tricher.

Nordine Mzala

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.